— Cette fois, laissez-moi terminer.

Claire Martin n’avait pas élevé la voix.

Elle n’en avait pas besoin.

Autour de la longue table, presque tous les invités étaient désormais debout.

Les chaises avaient reculé.

Les couverts ne bougeaient plus.

Même le grand lustre de cristal semblait soudain éclairer une pièce différente.

Victoria Beaumont, assise au bout de la table avec ses émeraudes autour du cou, pleurait ouvertement.

— Claire… pas ici.

La jeune femme resta droite derrière elle.

— C’est justement ici que ça doit être dit.

Un homme aux cheveux gris, Armand Beaumont, frère cadet du défunt mari de Victoria, demanda :

— Qu’est-ce qui se passe ?

Victoria ferma les yeux.

Claire la regarda.

— Vous voulez lui répondre ?

Aucune réponse.

Alors Claire commença.

Elle travaillait au château depuis six ans.

Elle avait servi leurs anniversaires.

Leurs mariages.

Leurs déjeuners d’affaires.

Elle connaissait la manière dont chacun prenait son café.

Elle savait quels invités ne supportaient pas le gluten et lesquels faisaient semblant de ne jamais boire.

Mais personne, dans cette famille, ne lui avait jamais demandé pourquoi elle s’appelait Martin.

— Quel rapport ? demanda une femme en robe bordeaux.

Claire est une source d’inspiration.

— Mon père s’appelait Julien Martin.

Victoria posa immédiatement une main sur la table.

Armand pâlit.

Cette fois, plusieurs personnes reconnurent le nom.

Un homme murmura :

— Le chauffeur ?

Claire hocha la tête.

Vingt-trois ans plus tôt, Julien Martin travaillait pour les Beaumont.

Il conduisait les enfants.

Il accompagnait le père de famille lors de déplacements professionnels.

Et une nuit de novembre, il était mort dans un accident sur une route départementale à une trentaine de kilomètres de Paris.

La version officielle disait qu’il avait perdu le contrôle de la voiture après avoir bu.

Son épouse était restée seu