Laura ferma les yeux.
Elle avait attendu cette réponse pendant trois semaines.
Maintenant qu’elle l’entendait, elle ne ressentait aucun soulagement.
Seulement une immense fatigue.
Daniel se tourna vers Victoria.
— Tu lui as fait croire que je voulais lui prendre notre enfant ?
— Je voulais éviter une catastrophe.
— Quelle catastrophe ?
— Cette grossesse allait compliquer tout le plan.
— Quel plan ?
Victoria comprit qu’elle venait de commettre une erreur.
Daniel s’approcha.
— Réponds.
Elle releva le menton.
— Tu devais divorcer de Laura avant la fusion avec le groupe Delcourt.
— Et pourquoi la grossesse aurait-elle empêché cela ?
— Parce qu’un homme qui attend un enfant devient sentimental.
Laura la regarda avec dégoût.
— Vous ne vouliez pas seulement me faire partir. Vous vouliez faire disparaître notre bébé de vos calculs.
— Ne dramatise pas. Je ne souhaitais aucun mal à l’enfant.
— Vous m’avez terrorisée au point que je n’osais plus consulter le médecin de la famille.
Victoria se tourna vers Daniel.
— Je cherchais à protéger ton avenir.
— Tu as fait croire à ma femme que j’allais lui voler son enfant.
— Elle aurait dû te connaître suffisamment pour ne pas me croire.
Laura recula comme si elle venait de recevoir une gifle.
Daniel intervient immédiatement.
— Ne lui reproche pas d’avoir cru des documents que tu avais fabriqués.
Victoria croisa les bras.
— Tu la défends encore alors qu’elle t’a caché une grossesse pendant trois semaines ?
Daniel regarda Laura.
La question était cruelle parce qu’elle touchait une douleur réelle.
Il aurait voulu être présent au premier rendez-vous.
Voir la première échographie.
Entendre Laura prononcer les mots avec joie plutôt qu’avec terreur.
Mais il savait qui avait rendu ce silence possible.
Sa mère avait créé les faux documents.
Et lui-même avait laissé son épouse croire qu’il pouvait se retourner contre elle.
Pendant des mois, il avait choisi la suspicion plutôt que le dialogue.
— Laura a eu peur de moi, dit-il. C’est cela qui devrait me faire honte.
Victoria secoua la tête.
— Tu vas donc accepter cet enfant sans même demander de preuve ?
Daniel pâlit.
Laura fixa sa belle-mère.
— Vous voulez maintenant lui faire croire que le bébé n’est pas de lui ?
— Je pose seulement une question raisonnable.
— Sortez, dit Daniel.
– Pardon ?
— Quitte cette maison.
Victoria eut un rire nerveux.
— Cette maison m’appartient.
Daniel leva le téléphone.
— Les documents de propriété disent le contraire. Le manoir appartient à la société familiale, dont je suis désormais le dirigeant provisoire. Le conseil t’a suspendue ce matin après avoir reçu les preuves de détournement de fonds.
Pour la première fois, Victoria sembla véritablement effrayée.
— Tu avais déjà préparé tout cela ?
— Je voulais savoir jusqu’où tu étais allée.
— Je suis ta mère.
— Et Laura est mon épouse. L’enfant qu’elle porte est mon enfant. Tu as utilisé les trois pour sauver ton pouvoir.
Victoria s’approcha de lui.
— Après tout ce que j’ai sacrifié pour toi…
— Tes sacrifices ne t’autorisent pas à contrôler ma vie.
Daniel appela la sécurité.
Deux employés apparurent à la porte.
— Accompagnez Madame Vasseur dans l’aile des invités. Elle récupérera ses affaires sous surveillance.
— Tu me fais surveiller dans ma propre maison ?
— Après les faux messages, les documents falsifiés et les menaces contre Laura, oui.
Victoria chercha encore le regard de son fils.
Elle n’y trouva plus l’enfant qu’elle pouvait culpabiliser.
Elle quitta le salon sans un mot.
Lorsque la porte se referma, Daniel se tourna vers Laura.
— Est-ce que le bébé va bien ?
Elle hésita.
— Le médecin dit que tout semble normal.
— Tu as une échographie ?
Laura sortit de la poche intérieure de son cardigan une petite photographie pliée.
Daniel la prit avec précaution.
Sur l’image grise apparaissait une silhouette minuscule.
Il passa un doigt sur le papier.
Ses yeux se remplirent de larmes.
— J’ai raté ce rendez-vous.
— Oui.
— J’aurais dû être là.
— Oui.
Il releva les yeux.
— Est-ce que je pourrai venir au prochain ?
Laura garda le silence.
Daniel comprit qu’il n’avait plus le droit d’attendre une réponse favorable.
— Je ne vais pas te forcer.
— C’est exactement ce que ta mère disait que tu ferais.
La douleur traversa son visage.
— Je ne prendrai jamais cet enfant contre ta volonté.
— Tu ne peux pas me demander de te croire immédiatement.
— Je sais.
— Pendant huit mois, tu as douté de moi. Tu as lu des messages anonymes et tu as laissé chacun d’eux devenir plus important que ma parole.
— Je sais.
— Maintenant, tu découvres un enfant et tu veux redevenir mon mari en quelques minutes.
Daniel baissa la tête.
— Non. Je veux devenir quelqu’un devant qui tu n’auras plus jamais besoin de cacher une vérité par peur.
Laura prit sa valise.
— Pour cela, tu devras travailler longtemps.
— Où vas-tu ?
— Chez mes parents.
— Je peux t’accompagner ?
— Non.
Il ne tenta pas de l’arrêter.
Avant de partir, Laura posa une main sur la poignée de la porte.
— Je ne sais pas encore si notre mariage survivra.
Daniel serra l’échographie.
— Mais je serai le père de cet enfant, même si tu ne redeviens jamais mon épouse.
Laura le regarda longtemps.
— Alors commence par respecter mes limites.
Elle partit.
Le lendemain, Daniel remit aux enquêteurs tous les fichiers découverts dans le téléphone de Victoria.
Une analyse informatique confirma que la demande de divorce, les messages sur la garde et plusieurs courriels avaient été fabriqués par la même agence numérique.
Victoria avait payé Sabine Laurent, une ancienne consultante en communication, avec de l’argent prélevé sur les comptes du groupe.
L’enquête révéla aussi un dossier intitulé « Enfant ».
Il contenait des recherches sur les procédures de garde, la vulnérabilité financière de Laura et les moyens d’empêcher une mère enceinte de quitter la France avec son bébé.