— Ça n’a rien à voir avec la chute.
— Qui est-ce ?
Sur la vidéo apparaissait un homme.
Une cinquantaine d’années.
Enveloppe du costume.
Alexandre reconnut immédiatement Laurent Besson, conseiller financier de la famille.
Il entra dans le couloir.
Regarda autour de lui.
Puis pénétra dans la chambre.
Victoire s’assit.
— Il devait récupérer des documents.
— Dans la chambre de ma mère ?
— Oui.
— Quels documents ?
— Je ne sais plus.
Laurent ressortit environ quatre minutes plus tard.
Il tenait quelque chose dans la main.
Pas la broche.
Une petite enveloppe.
Alexandre continua l’enregistrement.
8 h 39.
Victoire elle-même entra dans la chambre.
Elle en ressortit cinq minutes plus tard.
Elle tenait son téléphone.
Rien d’autre.
— Et la broche ? demanda Alexandre.
— Elle avait déjà disparu quand je suis entrée.
Il la regarda.
— Alors pourquoi accuser Madeleine sans vérifier la caméra ?
Victoire répondit après un long silence :
— Parce qu’elle était la personne la plus simple à accuser.
Cette phrase résonna dans la pièce.
Alexandre s’en va.
– Simple ?
Victoire ferma les yeux.
— Elle était la dernière employée à être entrée.
— Ce n’est pas ce que tu viens de dire.
— Alexandre…
— Tu as dit qu’elle était la plus simple à accuser.
Victoire détourna le regard.
Il comprit alors que l’histoire de la broche cachait autre chose.
— Pourquoi voulais-tu qu’elle parte si vite ?
Victoire ne répondit pas.
Alexandre retourna voir Madeleine.
Elle était assise sur le lit.
— Madeleine, j’ai besoin que vous me disiez quelque chose.
Elle le regarda.
— Est-ce que cette accusation concerne seulement la broche ?
Ses yeux se remplirent immédiatement d’inquiétude.
— Je ne veux pas créer de problèmes.
— Il y en a déjà.
Elle resta silencieuse.
Puis finit par dire :
— J’ai entendu Madame Victoire parler avec Monsieur Besson hier soir.
— De quoi ?
— De votre père.
Alexandre se figea.
Son père, Philippe Delcourt, était mort deux ans auparavant.
— Qu’est-ce qu’ils disaient ?
— Je n’ai pas tout entendu.
Madeleine hésita.
— Mais Monsieur Besson lui a dit : « S’il retrouve les anciens relevés, il comprendra que ce n’était pas la décision de Philippe. »
Alexandre sentit son cœur accélérer.
— Quels relevés ?
— Je ne sais pas.
— Et Victoire vous a vue ?
— Oui.
Tout devint clair.
Victoire n’avait pas seulement voulu faire disparaître une employée accusée de vol.
Elle avait voulu éloigner la seule personne qui avait entendu une conversation qu’elle préférait garder secrète.
PARTIE 3 — LA BROCHE N’AVAIT JAMAIS ÉTÉ VOLÉE
Le lendemain matin, Alexandre convoqua Laurent Besson.
Victoire était présente.
Madeleine, elle, resta à l’écart.
Alexandre posa une question simple :
— Où est la broche ?
Laurent fronça les sourcils.
— Quelle broche ?
— Celle que Victoire affirme avoir été volée.
Il regarda Victoire.
Puis Alexandre.
— Elle n’a jamais été volée.
Silence.
Victoire pâlit.
Alexandre se pencha en avant.
— Expliquez.
Laurent est une source d’inspiration.
La veille, Victoire lui avait demandé d’ouvrir le coffret.
Pas pour prendre la broche.
Pour récupérer une petite clé rangée sous le coussin intérieur.
Cette clé ouvrait un ancien secrétaire appartenant à Philippe.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs relevés financiers datant de quatre ans plus tôt.
À cette époque, Philippe était déjà malade.
Certaines décisions importantes concernant un fonds familial avaient été signées en son nom.
Le problème était simple :
Philippe n’avait pas personnellement donné plusieurs des instructions qu’on lui attribuait.
Victoire avait demandé à Laurent de préparer certains transferts en pensant agir pour protéger les intérêts familiaux.
Elle avait utilisé des autorisations très larges que Philippe lui avait données avant sa maladie.
Pas illégalement.
Mais sans lui expliquer certains détails.
Après sa mort, elle avait laissé tout le monde croire qu’il avait validé chaque décision.
— Pourquoi ? demanda Alexandre.
Victoire finit par parler.
— Parce que ces décisions ont sauvé l’entreprise à l’époque.
— Ce n’est pas ma question.
— Parce que ton père aurait probablement refusé.
Alexandre reste immobile.
— Donc tu savais.
— Oui.
Il regarda Laurent.
— Et vous ?
— J’ai exécuté les décisions sur la base des pouvoirs existants.
— Et les relevés ?
— Ils montrent que certaines opérations ont été initiées par Madame, pas par Monsieur Philippe.
Ce n’était pas un vol.
Pas un détournement massif.
Mais c’était une vérité familiale soigneusement maquillée.
Philippe avait été présenté après sa mort comme l’auteur de décisions qu’il n’avait pas prises.
Victoire avait protégé sa réputation.
Et la sienne.
— Madeleine vous a entendus, dit Alexandre.
Victoire hocha la tête.
— Oui.
— Alors vous avez inventé l’histoire de la broche ?
— Pas exactement.
Elle ouvrit son sac.
Et sortit l’écrin.
À l’intérieur se trouvait la broche à l’émeraude.
Madeleine n’avait jamais pu la voler.
Elle n’avait jamais quitté l’écrin.
Victoire avait simplement déplacé la boîte entière dans son bureau la veille.
Puis, le matin suivant, elle avait fait semblant de découvrir sa disparition.
Alexandre resta plusieurs secondes sans parler.
— Vous avez accusé Madeleine d’un vol inexistant.
— Je voulais qu’elle parte avant qu’elle te parle.
— Et ensuite ?
— Je pensais remettre la broche à sa place et dire qu’il y avait eu une erreur.
Alexandre éclata d’un rire sans joie.
— Après avoir détruit sa réputation ?
Victoire baissa les yeux.
La suite fut moins spectaculaire que la colère ne l’aurait laissé croire.
Alexandre ne fit pas arrêter Victoire.
Il remit les documents à un cabinet indépendant.
L’audit conclut que les décisions prises plusieurs années auparavant n’avaient pas enrichi personnellement Victoire.
Elles avaient effectivement aidé à préserver une partie du patrimoine familial.
Mais elle avait caché leur véritable origine.
Laurent perdit sa fonction de conseiller de confiance.
Non parce qu’il avait volé de l’argent.
Parce qu’il avait accepté pendant des années de maintenir une version trompeuse des décisions de Philippe.
Victoire, elle, fut retirée de toute fonction de gestion au sein de la famille.