— Non !

Gabriel hocha la tête.

— Alors le problème est chez elle.

Lucas était frustré.

— C’est tout ?

— Non.

Gabriel continua :

— Le problème maintenant, c’est ce que toi tu en fais.

Lucas fronça les sourcils.

— Je fais quoi ?

— Tu peux décider que tu travailles uniquement pour lui prouver qu’elle avait tort.

— C’est déjà ce que je pense.

— Mauvaise idée.

— Pourquoi ?

Gabriel sourit.

— Parce que dans ce cas, elle contrôle encore ton travail.

Lucas resta silencieux.

— Travaille pour comprendre.

Pas pour gagner contre quelqu’un.

Lucas détestait cette réponse.

Parce qu’elle était probablement bonne.


Deux jours plus tard, Madame Dubois demanda à Lucas de rester après le cours.

Il s’attendait à une nouvelle explication.

Elle dit :

— Je te dois des excuses.

Lucas ne répondit pas.

— Je t’ai accusé trop vite.

Toujours silence.

— Et devant les autres.

Lucas regarda.

— Pourquoi ?

Madame Dubois fronça les sourcils.

— Pourquoi quoi ?

— Pourquoi vous avez pensé que j’avais triché ?

Elle chercha.

— La progression.

Lucas attendit.

— Seulement ?

Elle comprit.

Son fils.

La comparaison.

Le fait que Thomas avait raté la dernière question.

Madame Dubois avait peut-être été plus vexée qu’elle ne voulait l’admettre.

Pas parce que Lucas avait mieux réussi.

Mais parce que cela perturbait sa hiérarchie mentale.

Thomas fort.

Lucas moyen.

Elle dit :

— Peut-être pas seulement.

Lucas attendit.

— J’avais une idée de ton niveau.

Il répondit :

— Et vous l’avez utilisée contre moi.

— Oui.

Cette honnêteté fit plus que l’excuse.

Lucas demanda :

— Vous allez dire à la classe ?

Elle hésita.

Puis :

— Oui.

Le lendemain, elle le fit.

Pas long.

Pas théâtral.

— J’ai accusé Lucas sans preuve suffisante. C’était une erreur.

Puis :

— Son résultat est valide.

Quelques élèves regardèrent Lucas.

Il ne sourit pas.

Mais quelque chose se remit en place.

Cependant, le problème n’était pas terminé.

Parce que trois semaines plus tard, Lucas reçut un autre vingt.

Et cette fois, un parent déposa une plainte.

Le père de Thomas Dubois.

Il affirma que Madame Dubois favorisait désormais Lucas pour compenser l’incident.

Et l’homme qui signa la plainte s’appelait Antoine Bernard.

Le directeur adjoint.

Le même homme qui avait posé le second contrôle sur la table.

Lucas allait bientôt découvrir que Monsieur Bernard n’était pas seulement un membre de la direction.

Il était aussi le père de Thomas.

Et la confrontation du premier jour avait été beaucoup moins neutre qu’elle n’en avait l’air.


PARTIE 2 — LE PÈRE DE THOMAS

Lucas apprit la vérité par accident.

Deux élèves discutaient dans la cour.

— Bernard, c’est le père de Thomas.

Lucas s’arrêta.

— Quoi ?

Les deux garçons le regardèrent.

— Tu savais pas ?

— Non.

— Bah oui.

— Pourquoi il s’appelle Bernard et Thomas Dubois ?

— Dubois, c’est le nom de sa mère.

Lucas sentit son estomac se contracter.

Madame Dubois.

Monsieur Bernard.

Mariés.

Ou l’avaient été ?

Il comprit immédiatement.

Le jour du contrôle.

Le directeur adjoint qui arrive.

Le test préparé.

Le défi public.

Alors prouve-le.

Pas neutre.

Le père du garçon auquel Lucas avait presque fait référence devant toute la classe.

Lucas rentra en cours avec une colère froide.

À la fin, il demanda :

— Madame ?

— Oui ?

— Monsieur Bernard est le père de Thomas ?

Elle se figea.

— Oui.

— Pourquoi vous ne l’avez pas dit ?

— Ce n’était pas pertinent.

Lucas eut un rire sans humour.

— Il m’a fait repasser un contrôle devant toute la classe parce que vous pensiez que j’avais mieux réussi que votre fils.

— Ce n’était pas pour Thomas.

— Vous en êtes sûre ?

Madame Dubois se tut.

Lucas continua :

— Lui aussi ?

— Quoi ?

— Il savait que Thomas avait raté la question ?

— Probablement.

Lucas recula.

— Donc j’étais jugé par les deux parents du garçon.

— Lucas—

— C’est normal ?

Elle n’avait pas de bonne réponse.


Monsieur Bernard convoqua Lucas le lendemain.

Cette fois, Gabriel Moreau vint avec lui.

Le grand-père entra dans le bureau.

Poli.

Calme.

Mais impossible à impressionner.

Bernard commença :

— Je comprends que Lucas a appris ma relation familiale avec Thomas.

Gabriel répondit :

— Votre fils.

— Oui.

— Et Madame Dubois, votre épouse ?

Bernard hésita.

— Ex-épouse.

Ils étaient séparés depuis trois ans.

Relation correcte.

Coparentalité.

Gabriel hocha la tête.

— Donc le jour où vous avez publiquement imposé un second contrôle à mon petit-fils, vous étiez le père de l’élève implicitement comparé à lui.

Bernard répondit :

— Lucas a commencé cette comparaison.

Lucas se raidit.

Gabriel leva une main.

— Il a douze ans.

Bernard se tut.

Gabriel continua :

— Vous, quarante-huit.

Silence.

Puis :

— Je ne demande pas si Lucas a été insolent. Il l’a probablement été.

Lucas protesta :

— Papi.

— Tu l’étais ?

Lucas soupira.

— Un peu.

Gabriel se retourna vers Bernard.

— Très bien.

— Maintenant parlons des adultes.

Lucas regarda son grand-père avec admiration.

Bernard prit une respiration.

— J’ai réagi trop vite.

— Pourquoi ?

Bernard hésita.

Puis répondit plus honnêtement.

Thomas avait beaucoup travaillé.

Il avait raté ce contrôle.

Claire—Madame Dubois—avait été déçue.

Bernard aussi.

Puis Lucas, connu comme élève moyen, avait obtenu la note parfaite.

Quand Bernard entra et entendit la dispute, il voulut “régler le problème”.

Le second contrôle lui sembla juste.

Objectif.

Simple.

Gabriel demanda :

— Pourquoi devant toute la classe ?

Bernard s’arrêta.

Voilà.

Il aurait pu conduire Lucas dans un bureau.

Organiser une vérification discrète.

Il avait choisi le spectacle.

Parce que Lucas avait défié Claire publiquement.

Alors Bernard avait répondu publiquement.

Il ne l’avait pas formulé ainsi sur le moment.

Mais c’était la vérité.

— C’était une erreur, admit-il.

Lucas demanda :

— Vous vouliez me remettre à ma place ?

Bernard fixa le garçon.

Puis :

— Peut-être.

Lucas baissa les yeux.