Une clause donnait à Daniel un pouvoir beaucoup plus large qu’il ne le disait pour agir sur certains actifs en cas de mon « indisponibilité prolongée ou incapacité de communication ».

J’avais refusé.

Il était devenu froid.

Deux jours plus tard, il m’avait offert le voyage.

« On a besoin d’arrêter de parler argent et de redevenir un couple. »

J’avais accepté.

À l’époque, je pensais encore que partir à douze heures d’avion d’un problème pouvait parfois rendre une conversation plus douce.

En réalité, j’avais accepté de voyager à l’endroit où Daniel pensait pouvoir m’isoler assez longtemps pour que « l’indisponibilité » cesse d’être théorique.

PARTIE 4 — LA POLICE ET LA CAMÉRA DU COULOIR

Le directeur de l’hôtel arriva moins d’une demi-heure après mon appel.

Arun Sutham.

Calme.

Précis.

Il ne me demanda pas si Daniel avait « peut-être pris le passeport par erreur ».

Cela me rassura immédiatement.

« Madame Vance, nous allons préserver les enregistrements de sécurité liés à votre étage, au lobby et au départ de votre famille. »

« Merci. »

« Votre passeport était dans le coffre ? »

« Non. Dans une pochette dissimulée dans ma valise. »

Il fronça légèrement les sourcils.

« Donc quelqu’un devait savoir où chercher. »

« Oui. »

La police fut prévenue.

Je déposai une déclaration.

Pas une accusation imaginative.

Les faits.

J’avais vu mon passeport la veille au soir.

Mon téléphone était sur ma table de nuit lorsque je m’étais couchée.

Je m’étais réveillée sans les deux.

Daniel était parti.

Il avait laissé une note.

Mon billet avait été annulé avant son départ.

Le téléphone de l’hôtel confirmait que les trois autres membres du groupe avaient quitté le resort ensemble à 4 h 50.

Arun demanda :

« Voulez-vous voir les images lorsqu’elles seront disponibles ? »

« Seulement ce qu’on peut me montrer légalement sans compromettre quoi que ce soit. »

Il eut un petit sourire.

« Vous travaillez dans le risque. »

« Ça se voit ? »

« Un peu. »

Les premières images ne montrèrent rien d’extraordinaire.

3 h 58.

Evelyn quitte sa chambre en tenue de voyage.

4 h 07.

Daniel passe dans le couloir avec deux valises.

4 h 11.

Il revient seul.

4 h 16.

Il ressort de notre suite avec ma sacoche en cuir.

Je la reconnus.

4 h 23.

Il revient encore.

Cette fois avec Sophie.

Ma belle-fille portait un sweat à capuche, l’air endormi.

Elle demanda quelque chose.

La caméra n’avait pas de son exploitable.

Daniel lui répondit.

Sophie regarda notre porte.

Puis il posa une main dans son dos et la guida vers l’ascenseur.

Je ressentis alors une peur différente.

« Sophie savait ? »

Arun ne pouvait pas répondre.

Moi non plus.

Sophie avait treize ans.

Je l’avais rencontrée lorsqu’elle en avait huit.

Sa mère biologique, Laura, vivait en Californie et partageait la garde avec Daniel, même si Sophie passait davantage de temps avec nous pendant l’année scolaire.

Je l’aimais.

Pas comme un accessoire de mon mariage.

Comme Sophie.

Elle m’avait appris qu’un adolescent peut vous dire « je te déteste » parce que vous lui demandez de ranger une assiette puis venir dormir près de vous après un cauchemar.

Si Daniel l’avait impliquée consciemment…

Je refusai d’aller plus loin sans savoir.

À 4 h 31, une dernière image montra Evelyn dans le lobby.

Elle tenait quelque chose de bleu foncé.

Mon passeport.

Elle le glissa dans son sac.

Cette image ne disait pas pourquoi.

Elle disait seulement qu’elle l’avait.

C’était suffisant pour commencer.

PARTIE 5 — SOPHIE

À quinze heures, une adresse inconnue envoya un message sur mon compte professionnel nouvellement sécurisé.

L’objet :

C’est moi.

Le texte :

Maya, c’est Sophie. Je ne sais pas ce qui se passe. Papa a dit que tu voulais rester en Thaïlande après une dispute et qu’on devait partir sans toi. Mamie a ton passeport. Je l’ai vu. Papa m’a dit que c’était parce que tu lui avais demandé de le mettre en sécurité. C’est vrai ?

Je restai immobile.

Puis je répondis depuis l’ordinateur prêté par l’hôtel, après validation avec mon équipe de sûreté.

Non, Sophie. Je n’ai demandé à personne de prendre mon passeport ni mon téléphone. Tu n’as rien fait de mal. Dis-moi seulement : es-tu en sécurité ?

Réponse dix minutes plus tard.

Oui. On est à Singapour. Papa est dans une réunion. Mamie dit qu’on rentre à New York demain. Ne lui dis pas que je t’écris.

Singapour.

Bien sûr.

Je demandai :

Ton père t’a demandé de faire quelque chose avec mon téléphone ?

Long silence.

Puis :

Hier soir il m’a demandé si je connaissais ton nouveau code. J’ai dit non. Il était énervé. Cette nuit je l’ai vu essayer ton ancien code.

Je fermai les yeux.

Sophie continua :

Mamie a dit : “Elle finira par signer quand elle comprendra qu’elle n’a personne.”

Je me sentis soudain très calme.

La phrase d’Evelyn.

Voyons qui viendra te sauver maintenant.

Ce n’était pas seulement du mépris.

C’était une stratégie de pression.

Ils pensaient qu’une femme seule dans un pays étranger, sans passeport, sans téléphone, sans billet et sans famille, deviendrait beaucoup plus raisonnable.

Ils se trompaient sur deux choses.

Premièrement, sur ce que « seule » signifiait.

Deuxièmement, sur ce que j’étais prête à signer pour ne plus l’être.

Je répondis à Sophie :

N’essaie pas de récupérer mon passeport. N’entre pas dans leurs comptes. Ne te mets pas au milieu. Reste simplement en sécurité et parle à ta mère si tu peux. Je vais m’occuper de moi.

Elle répondit :

Tu es fâchée contre moi ?

Cette question me brisa.

Jamais pour ça.

Puis :

Est-ce que tu vas divorcer de Papa ?

Je regardai longtemps l’écran.

Je n’allais pas demander à une fille de treize ans de porter la réponse.

Ce sont des choses d’adultes. Toi, tu n’as rien à réparer.

Je fermai la conversation.

Puis appelai Laura, sa mère.

Cette fois, je pouvais la prévenir.