— Pourquoi ?
— Tout a commencé avec lui.
Isabelle regarda la couverture marquée par le temps.
— Non. Tout a commencé bien avant.
Cela avait commencé lorsqu’un homme discret avait sauvé une entreprise qui refusait de reconnaître sa valeur.
Lorsqu’une fille avait aimé un homme qui avait eu honte de ses origines.
Lorsqu’une femme en robe rouge avait cru que le luxe lui donnait le droit de frapper quelqu’un devant une salle entière.
Le dossier n’avait pas donné sa dignité à Isabelle.
Il avait seulement obligé les autres à la voir.
Elle monta sur l’estrade.
Les conversations cessèrent.
Deux ans plus tôt, le silence avait suivi une gifle.
Cette fois, il précédait les paroles de la femme qui dirigeait l’entreprise.
— Certains pensent que cette société m’appartient parce que je possède la majorité des actions, commença-t-elle. Ils se trompent. Une entreprise appartient aussi aux personnes qui se lèvent chaque matin pour la faire vivre.
Les employés applaudirent.
Alexandre aussi.
Isabelle observa la salle.
Elle se souvenait encore du sourire de Valérie.
Des regards méprisants.
Du bruit sec de la gifle.
Mais ce souvenir ne la contrôlait plus.
Valérie avait voulu lui montrer qu’elle n’avait rien à faire dans ce monde.
En réalité, c’était Isabelle qui possédait le pouvoir de décider ce que ce monde deviendrait.
La femme en rouge croyait frapper une intruse.
Elle avait frappé l’héritière.
Elle croyait pouvoir la faire sortir.
Elle venait de donner à Isabelle la raison de rester.