Bernard sah sie an.
Dann blickte er Henri an.
— Du hast es geöffnet.
Henry antwortete:
– Ja.
Bernard schloss leicht die Augen.
— Claire brauchte immer einen Plan B.
Marc sagte:
– Glücklicherweise.
Bernard lächelte kalt.
Henri holte das schwarze Notizbuch hervor.
Er schlug es auf der ersten Seite auf.
Dann stellte er es vor Bernard.
Der Name war sichtbar.
BERNARD ROCHE.
Alexandre blickte auf das Notizbuch.
Dann Bernard.
– Sind Sie das?
Bernard antwortete nicht.
Henri fragte:
— Wie lange ist es her?
Bernard korrigierte den von Claire geschriebenen Namen.
— Es kommt ganz darauf an, was man unter „Anfang“ versteht.
— Um Geld zu stehlen.
— Also, einundzwanzig Jahre alt.
Lucas hielt den Atem an.
Alexander wurde wütend.
Henri rührte sich nicht mehr.
— Einundzwanzig Jahre alt.
Bernard nickte.
— Zunächst sehr wenig.
Henri schien es nicht zu verstehen.
Bernard fuhr fort:
— Anwaltskosten.
– Gebühren.
— Provisionen.
Marc fragte:
– Dann ?
Bernard sah ihn an.
— Dann wurde das Unternehmen so groß, dass die kleinen Beträge in den Zahlen verschwanden.
Henri murmelte:
– Wie viel ?
Bernard antwortete nicht.
Henri wiederholte:
– Wie viel ?
Der alte Mann seufzte.
– In Summe?
– Ja.
Bernard blickte Alexander an.
Dann Henri.
— Etwas über neunzig Millionen Euro.
Lucas spürte, wie sich sein Magen zusammenkrampfte.
Alexander machte einen Schritt.
— Neunzig Millionen?
Bernard blieb ruhig.
— Über einundzwanzig Jahre.
Alexandre lachte ungläubig auf.
— Du sagst das so, als ob es die Sache weniger ernst machen würde.
Bernard haussa légèrement les épaules.
Henri demanda :
— Pourquoi ?
Bernard le regarda presque avec pitié.
— Tu veux une réponse morale ?
— Je veux la vérité.
Bernard s’approcha de la fenêtre.
— La vérité, Henri, c’est que Laurent Investissements n’est pas devenue ce qu’elle est grâce à des hommes honnêtes qui ont toujours fait ce qui était juste.
Henri ne répondit pas.
Bernard continua :
— Tu as pris le travail de Marc.
Marc resta silencieux.
— Tu as effacé son nom.
Henri baissa les yeux.
— Tu as laissé Claire construire des protections dans ton dos parce qu’elle ne te faisait plus totalement confiance.
Henri serra la mâchoire.
Bernard se tourna vers Alexandre.
— Et toi, tu signes des plans qui licencient des centaines de salariés avant de valider des primes.
Alexandre ne répondit pas.
Bernard sourit tristement.
— Moi, j’ai simplement compris plus tôt que les principes devenaient très flexibles dès qu’une entreprise voulait survivre.
Henri releva les yeux.
— Tu penses que ça justifie le vol ?
— Non.
Bernard répondit calmement.
— Je pense que ça explique pourquoi personne ne l’a vu.
Silence.
Cette phrase fut la plus douloureuse.
Parce qu’elle contenait une part de vérité.
Henri avait créé une culture où les résultats pouvaient couvrir beaucoup de choses.
Tant que les chiffres montaient, personne ne posait trop de questions.
Bernard avait exploité cette faiblesse.
Mais il ne l’avait pas inventée seul.
Marc sortit la clé USB.
— Claire avait des copies.
Pour la première fois, Bernard perdit vraiment son calme.
— Donne-moi ça.
Marc sourit froidement.
— Voilà vingt-sept ans que tu n’as pas compris qu’on ne me donne plus d’ordres ici.
Bernard se tourna vers Henri.
— Tu ne sais pas ce qu’il y a dessus.
Henri répondit :
— Non.
— Alors écoute-moi avant de l’ouvrir.
Henri resta immobile.
Bernard continua :
— Si tu rends tout public, tu ne détruiras pas seulement ma vie.
— La réputation de Laurent Investissements tombera.
— Les clients partiront.
— Les autorités entreront.
— Des centaines d’emplois seront menacés.
Alexandre regarda son père.
Bernard venait de poser exactement la question qu’ils redoutaient.
Dire la vérité pouvait faire exploser ce qu’ils essayaient de sauver.
Bernard le savait.
— Tu veux vraiment sacrifier des milliers de personnes pour prouver que tu es devenu moral à soixante et onze ans ?
Henri ne répondit pas.
La phrase était cruelle.
Mais précise.
Marc regarda Henri.
Il n’intervint pas.
Cette décision devait venir de lui.
Henri demanda :
— Qu’est-ce qu’il y a d’autre sur cette clé ?
Bernard resta silencieux.
Henri comprit.
— Plus grave que l’argent ?
Aucune réponse.
Alexandre regarda Bernard.
— Qu’est-ce que tu as fait ?
Bernard détourna les yeux.
Marc brancha la clé USB dans un ordinateur isolé du réseau.
Plusieurs dossiers apparurent.
Paiements.
Contrats.
Correspondances.
Puis un dossier nommé :
ORIGINE — 1992
Henri se figea.
Marc l’ouvrit.
Des scans d’anciens documents apparurent.
Le premier était un accord signé lors d’une levée de fonds historique.
Alexandre s’approcha.
— Qu’est-ce que c’est ?
Marc parcourut rapidement.
Puis son visage changea.
Henri vit immédiatement que quelque chose n’allait pas.
— Marc ?
Il ne répondit pas.
Henri s’approcha.
Le document portait sa signature.
Celle de Claire.
Et celle de Marc.
Mais ce n’était pas la version qu’Henri connaissait.
Marc regarda Bernard.
— Tu as modifié ça ?
Bernard resta silencieux.
Marc continua.
— Tu as modifié les registres fondateurs ?
Alexandre fronça les sourcils.
— Qu’est-ce que ça change ?
Marc ouvrit une page.
— Beaucoup.
Il regarda Henri.
— Dans cette version, mes trente pour cent n’ont jamais été annulés.
Henri resta figé.
Marc poursuivit.
— Ils ont été transférés.
— À qui ?
Marc fit défiler la page.
Puis s’arrêta.
— À une structure appelée Fondation Claire Laurent.
Alexandre regarda son père.
— Maman avait une fondation ?
Henri secoua la tête.
— Pas à ma connaissance.
Marc ouvrit les statuts.
Son visage devint de plus en plus pâle.
— Henri…
— Quoi ?
Marc tourna l’écran.
— Claire n’a pas seulement protégé mes droits.
Henri lut.
Puis recula.
La fondation détenait, sur le papier, une combinaison de droits historiques provenant de Claire, Marc et plusieurs participations anciennes.
Alexandre demanda :
— Combien ?
Marc calcula.
Long silence.
Puis :
— Quarante-six pour cent.
Tout le monde se figea.
Alexandre murmura :
— Quarante-six pour cent de Laurent Investissements ?
Marc acquiesça.
Henri regarda Bernard.
— Tu savais.
Bernard répondit :