Henri ne pouvait plus parler.

Marc poursuivit :

— J’ai refusé.

— Pourquoi ?

Marc regarda droit devant lui.

— Parce que je ne voulais pas devenir riche en restant attaché à quelqu’un qui ne me respectait plus.

Henri baissa la tête.

Marc ajouta :

— Ce n’est pas l’argent que tu m’as pris, Henri.

— Je sais.

— Non.

Marc le regarda.

— Je ne crois pas que tu l’aies compris avant aujourd’hui.

Henri resta silencieux.

Marc continua :

— Tu m’as pris notre histoire.

— Dans chaque article sur Laurent Investissements, tu étais le fondateur.

— Dans chaque discours, c’était ton idée.

— Ton risque.

— Ton entreprise.

Marc regarda ses mains.

— J’ai fini par me demander si j’avais vraiment été là.

Henri sentit quelque chose se briser en lui.

— Je suis désolé.

Marc ne répondit pas.

— Marc…

— Pas encore.

Henri se tut.

Marc regarda par la fenêtre.

— Les excuses sont importantes.

Puis :

— Mais elles arrivent après la vérité, pas avant.


La banque privée se trouvait dans un immeuble discret près de la rue de la Paix.

Un responsable les conduisit dans une petite salle sécurisée.

Marc présenta la clé.

Quelques minutes plus tard, un coffre métallique fut posé devant eux.

Henri regarda son ancien ami.

— Prêt ?

Marc eut un sourire triste.

— Après vingt-sept ans ?

Il inséra la clé.

CLAC.

Le coffre s’ouvrit.

À l’intérieur se trouvaient trois choses.

Un carnet noir.

Une clé USB.

Et une seconde enveloppe.

Sur celle-ci, Claire avait écrit :

POUR HENRI ET MARC — ENSEMBLE.

Les deux hommes restèrent immobiles.

Marc eut un petit rire.

— Même morte, elle nous donne encore des ordres.

Henri sourit malgré lui.

— Oui.

Marc prit l’enveloppe.

Puis s’arrêta.

— Ensemble ?

Henri acquiesça.

Marc l’ouvrit.

Une seule feuille.

Henri lut à voix haute.

« Si vous êtes tous les deux devant cette lettre, c’est que l’entreprise est en danger et que vous êtes enfin capables de rester dans la même pièce assez longtemps pour l’admettre. »

Marc secoua la tête.

Henri continua.

« Le carnet contient les noms que j’ai commencé à relever avant ma maladie. La clé USB contient les copies des documents que je n’ai jamais confiés à Laurent Investissements. »

Henri s’arrêta.

Marc le regarda.

— Continue.

Henri lut la dernière partie.

Son visage devint pâle.

« Mais avant de regarder les noms, vous devez comprendre une chose : la personne qui a commencé à détourner l’argent n’était ni Étienne Valois, ni Philippe Dubois. Ils ne sont que venus après. »

Henri sentit son cœur accélérer.

Il continua :

« Tout a commencé avec quelqu’un que vous connaissez tous les deux. Quelqu’un à qui Henri a confié l’entreprise pendant presque trente ans. »

Marc prit le carnet noir.

Il l’ouvrit.

La première page contenait un seul nom.

Les deux hommes le reconnurent.

Henri recula.

— Non.

Marc leva lentement les yeux.

Henri secoua la tête.

— Ce n’est pas possible.

Mais le nom était bien là.

Écrit de la main de Claire.

Un homme toujours présent dans l’entreprise.

Un homme qu’Alexandre considérait presque comme un second père.

Un homme qui, à cet instant précis, se trouvait au dernier étage avec Lucas et Alexandre.

Marc referma brutalement le carnet.

— Il faut les appeler.

Henri sortit son téléphone.

Il composa le numéro de son fils.

Aucune réponse.

Encore.

Rien.

Puis Lucas.

Pas de réponse.

Henri sentit son sang se glacer.

— Marc…

— Quoi ?

Henri regarda son écran.

Un message venait d’arriver du système de sécurité de Laurent Investissements.

ACCÈS EXÉCUTIF VERROUILLÉ.

Puis un second.

ARCHIVES INTERNES : SUPPRESSION DE DONNÉES EN COURS.

Marc se leva.

Henri fixa le nom inscrit dans le carnet de Claire.

Puis il murmura :

— Il sait qu’on a trouvé le coffre.

Marc referma sa serviette.

— Alors on retourne là-bas.

Henri resta une seconde immobile.

Vingt-sept ans plus tôt, il avait perdu son meilleur ami pour protéger son contrôle sur Laurent Investissements.

Aujourd’hui, ce même homme était le seul à ses côtés au moment où quelqu’un tentait peut-être de détruire tout ce qu’ils avaient construit.

Henri rangea la lettre.

— Cette fois…

Marc le regarda.

Henri termina :

— Je t’écoute jusqu’au bout.

Marc resta silencieux.

Puis hocha la tête.

Ils sortirent.

Et tandis que leur voiture repartait vers La Défense, Henri ignorait encore que le nom inscrit dans le carnet de Claire allait révéler un secret bien plus grave que quelques millions d’euros détournés.

Un secret qui remontait à la naissance même de Laurent Investissements.

Et qui pouvait faire disparaître le nom Laurent de l’entreprise pour toujours.

L’ENVELOPPE DU PRÉSIDENT

Partie 4 — Le nom dans le carnet noir

La voiture traversait Paris à vive allure sans dépasser les limites.

Henri Laurent regardait les lumières défiler derrière la vitre.

À côté de lui, Marc Delmas gardait la serviette fermée sur ses genoux.

À l’intérieur se trouvaient le carnet noir de Claire, la clé USB et la lettre qu’ils venaient de découvrir.

Henri tenait son téléphone dans une main.

Toujours aucune réponse d’Alexandre.

Toujours aucune réponse de Lucas.

Le système de sécurité de Laurent Investissements continuait d’envoyer des alertes.

SUPPRESSION DE DONNÉES EN COURS.

ACCÈS EXÉCUTIF LIMITÉ.

Puis une nouvelle notification apparut.

CONNEXION ADMINISTRATEUR — NIVEAU 38.

Henri sentit sa poitrine se serrer.

— Il est avec eux.

Marc le regarda.

— Probablement.

Henri ouvrit le carnet.

Le nom écrit par Claire semblait encore plus lourd maintenant qu’ils approchaient du siège.

BERNARD ROCHE.

Henri le connaissait depuis trente-deux ans.

Bernard avait rejoint Laurent Investissements moins de deux ans après sa création.

Il avait été directeur juridique.

Puis secrétaire général.

Puis conseiller personnel d’Henri.

Lorsque Claire était tombée malade, Bernard avait pris en charge une grande partie de la gouvernance quotidienne.

Et quand Henri s’était progressivement éloigné de l’entreprise, c’était encore Bernard qui lui envoyait les rapports.

Les documents.

Les signatures.

Les résumés.

Henri avait toujours cru que Bernard protégeait l’entreprise en son absence.