
Maya Haddad n’avait jamais vu autant de silence dans une pièce remplie de monde.
Quelques secondes plus tôt, Khalid Al-Rashid se tenait devant elle avec un sourire presque amusé.
Dans ses mains, une longue robe rouge.
Autour d’eux, plusieurs conseillers attendaient.
Et Khalid venait de dire la phrase la plus absurde que Maya ait entendue depuis son arrivée au palais.
— Ce soir, tu portes cette robe.
Maya avait regardé le tissu rouge.
Puis lui.
— Pourquoi, Votre Altesse ?
Khalid avait répondu avec un calme désarmant :
— Parce que devant mes associés, tu seras ma femme.
Maya avait cru à une plaisanterie.
Mais personne ne riait.
— Votre femme ? Je ne peux pas…
— Seulement pendant le dîner. Personne ne doit connaître la vérité.
Puis il avait placé la robe entre ses mains.
Maya avait baissé les yeux.
Et ses doigts avaient senti quelque chose sous la doublure.
Un petit objet métallique avait glissé du tissu.
Elle l’avait rattrapé.
Un pendentif ancien.
Un croissant fin entourant une étoile à huit branches.
Maya était devenue blanche.
Elle avait immédiatement porté une main sous son col.
Puis sorti le pendentif qu’elle portait depuis l’enfance.
Identique.
Khalid ne souriait plus.
— Cette robe appartenait à Nour.
Maya avait demandé :
— Qui est Nour ?
Alors Faris, le plus ancien conseiller du palais, avait fait un pas.
Et d’une voix tremblante :
— Votre Altesse… demandez-lui le nom de sa mère.
1. LE NOM QUI CHANGEA TOUT
Khalid regarda Maya.
— Comment s’appelait votre mère ?
Maya hésita.
— Salma Haddad.
Faris ferma les yeux.
Khalid remarqua immédiatement sa réaction.
— Vous la connaissez ?
Faris ne répondit pas.
— Faris.
Le vieil homme murmura :
— Je connaissais une Salma.
Maya sentit son cœur accélérer.
— Elle travaillait ici ?
Faris la regarda.
— Oui.
Silence.
— Il y a longtemps.
Maya recula légèrement.
Toute sa vie, Salma lui avait dit qu’elle n’avait jamais mis les pieds dans un palais.
Qu’elle avait grandi loin de cette famille.
Qu’elle ne connaissait rien des Al-Rashid.
Alors pourquoi Faris connaissait-il son nom ?
Khalid demanda :
— Quel rapport avec Nour ?
Faris regarda le pendentif.
— Salma était sa gouvernante.
Maya resta immobile.
— Non.
— Elle l’a élevée presque depuis sa naissance.
— Ma mère ne m’a jamais parlé d’elle.
Faris répondit :
— C’était voulu.
2. NOUR
Nour Al-Rashid n’était pas seulement l’ancienne fiancée de Khalid.
Elle avait grandi dans une branche éloignée de la famille.
Orpheline très jeune, elle avait été confiée au palais.
Salma s’était occupée d’elle.
Pendant des années.
Faris expliqua :
— Elles étaient inséparables.
Maya regarda son pendentif.
— Et ça ?
Faris pâlit.
— Il existait deux pendentifs.
Khalid fronça les sourcils.
— Deux ?
— Créés pour deux filles.
Le silence devint lourd.
Maya demanda :
— Quelles filles ?
Faris regarda Khalid.
Puis elle.
— Nour… et sa sœur.
Maya sentit sa gorge se serrer.
— Nour avait une sœur ?
Khalid répondit immédiatement :
— Non.
Faris secoua la tête.
— Officiellement.
3. LA SŒUR EFFACÉE
Vingt-cinq ans plus tôt, deux filles étaient nées dans la même branche familiale.
Nour.
Et une seconde enfant.
Mais une crise avait éclaté.
Un conflit d’héritage.
Des accusations.
Des titres de propriété.
La seconde enfant avait disparu des registres avant même son premier anniversaire.
Khalid se leva brutalement.
— Pourquoi je n’ai jamais entendu parler de ça ?
Faris répondit :
— Parce que votre père l’avait interdit.
Maya murmura :
— Qu’est devenue l’enfant ?
Faris hésita.
— Salma est partie avec elle.
Maya cessa de respirer.
— Vous êtes en train de dire…
Faris ne termina pas.
Mais elle avait compris.
Salma ne lui avait peut-être jamais dit toute la vérité.
4. LE TEST
Khalid voulait un test ADN.
Immédiatement.
Maya refusa d’abord.
— Je ne suis pas un objet qu’on analyse parce que vous avez trouvé deux bijoux.
Khalid répondit :
— Vous avez raison.
Puis il ajouta :
— Mais si quelqu’un a effacé votre identité, vous méritez de savoir pourquoi.
Cette phrase la fit céder.
Le résultat arriva quelques heures plus tard.
Le médecin du palais resta silencieux trop longtemps.
Khalid demanda :
— Alors ?
— Mademoiselle Haddad partage une parenté directe avec la branche de Nour.
Maya sentit ses jambes trembler.
— À quel niveau ?
Le médecin regarda les résultats.
— Très proche.
— Sœur ?
Il répondit :
— Compatible.
Maya s’assit.
Toute sa vie venait de changer.
Mais Faris n’avait toujours pas l’air soulagé.
Au contraire.
Il semblait encore plus inquiet.
5. LA ROBE ROUGE
Maya examina la robe de Nour.
Quelqu’un avait cousu le pendentif dans la doublure.
Pas par accident.
Volontairement.
Sous la poche cachée, elle trouva une seconde couture.
Elle l’ouvrit.
Un petit papier plié.
Trois mots :
“Dîner. Table 7.”
Khalid devint sombre.
— Ce soir.
La table 7 était justement prévue pour le dîner des investisseurs.
Maya murmura :
— Nour savait qu’elle allait disparaître ?
— Peut-être.
Faris répondit :
— Ou elle savait qu’il allait se passer quelque chose pendant ce dîner.
Khalid regarda la robe.
Trois ans plus tôt, Nour devait porter cette tenue lors d’une réception avec plusieurs des mêmes partenaires commerciaux présents ce soir.
Puis elle avait disparu.
La soirée avait été annulée.
Et personne n’avait jamais examiné la robe.
6. LE DÎNER COMMENCE
Malgré tout, Khalid décida de maintenir la réception.
Maya protesta.
— Vous voulez vraiment que je porte la robe ?
— Maintenant plus que jamais.
— Pourquoi ?
— Parce que si quelqu’un reconnaît cette robe, je veux voir sa réaction.
Maya comprit.
Elle n’était plus seulement une fausse épouse.
Elle devenait un appât.
Elle accepta.
À une condition.
— Vous ne me cachez plus rien.
Khalid répondit :
— D’accord.
Deux heures plus tard, Maya entra dans la grande salle.
Robe rouge.
Cheveux relevés.
Le pendentif de Salma autour du cou.
Tous les regards se tournèrent vers elle.