Un homme âgé se tenait dans l’entrée.
Costume sombre.
Cheveux gris.
Canne noire.
Khalid devint livide.
— Père.
Rashid Al-Rashid.
Vivant.
Il regarda Khalid.
Puis Maya.
Et sourit.
— Enfin.
Maya serra la lettre.
— Où est Nour ?
Rashid ne répondit pas.
— Où est ma mère ?
Toujours rien.
Puis il regarda la robe rouge que Maya portait encore.
— Salma aurait dû la brûler.
Khalid fit un pas.
— Vous saviez qu’elle reviendrait ?
Rashid répondit :
— Bien sûr.
Puis il regarda Maya.
— Tout ce dîner n’a jamais été organisé pour les investisseurs.
Maya fronça les sourcils.
— Pourquoi alors ?
Il sourit.
— Pour voir laquelle des deux filles porterait la robe.
Silence.
Khalid devint blanc.
— Des deux ?
Rashid tourna la tête vers l’obscurité du couloir.
Une seconde silhouette apparut.
Une femme.
Cheveux noirs.
Visage amaigri.
Même pendentif.
Même regard que sur les anciennes photographies.
Khalid murmura :
— Nour…
La femme leva les yeux.
Mais elle ne regarda pas Khalid.
Elle regarda Maya.
Puis dit doucement :
— Tu as grandi.
Maya sentit ses jambes trembler.
— Vous me connaissez ?
Nour acquiesça.
— Depuis le jour de ta naissance.
Maya fit un pas.
— Alors dites-moi qui je suis vraiment.
Nour regarda Rashid.
Puis Khalid.
Et répondit :
— Pas ici.
— Pourquoi ?
Nour serra les poings.
— Parce que la personne qui a fait disparaître ta mère est dans cette pièce.
Maya fixa Rashid.
Mais Nour secoua lentement la tête.
— Ce n’est pas lui.
Le silence devint glacial.
Maya regarda Khalid.
Puis Faris.
Puis les gardes.
PARTIE 16 — CELUI QUI TIRAIT LES FICELLES
Personne ne bougea.
La phrase de Nour resta suspendue dans la pièce souterraine.
« Ce n’est pas lui. »
Maya regarda Rashid.
L’homme qui avait menti pendant des décennies.
L’homme qui avait caché son identité.
L’homme qui avait laissé croire au monde qu’il était mort.
Et pourtant…
Nour venait de dire qu’il n’était pas celui qui avait tout organisé.
Rashid eut un rire faible.
— Tu vois, Maya ? Même après tout ce temps, elle continue de protéger les mauvaises personnes.
Khalid se tourna vers son père.
— Vous saviez qu’elle était ici.
Rashid ne répondit pas.
— Vous saviez que Nour était vivante.
Silence.
— Vous saviez pour Maya.
Rashid fixa son fils.
Puis il dit simplement :
— Oui.
Khalid recula comme s’il venait d’être frappé.
— Depuis combien de temps ?
— Depuis sa naissance.
Maya sentit une colère froide monter en elle.
— Vous saviez que j’existais…
Rashid la regarda.
— Oui.
— Et vous n’avez rien fait ?
Son visage resta impassible.
— Parce que je pensais que c’était la seule façon de te protéger.
Maya serra les dents.
— Me protéger de qui ?
Cette fois, personne ne répondit.
Puis une voix résonna derrière eux.
— De moi.
Tout le monde se retourna.
Un homme sortit de l’ombre.
Costume impeccable.
Cheveux blancs.
Regard calme.
Faris pâlit.
— Non…
Khalid fronça les sourcils.
— Vous ?
L’homme sourit.
— Oui, Khalid.
Maya regarda Faris.
— Qui est-ce ?
Le vieil homme répondit d’une voix presque brisée :
— Adel Al-Rashid.
Un nom qui semblait impossible.
Khalid fixa l’homme.
— Mon oncle.
Adel sourit.
— Le frère de ton père.
17. L’HOMME QUI N’AVAIT JAMAIS EXISTÉ
Maya comprit immédiatement.
Dans cette famille, les morts n’étaient jamais vraiment morts.
Les disparus revenaient.
Les mensonges avaient plusieurs couches.
Adel marcha lentement dans la pièce.
— Pendant vingt-cinq ans, tout le monde a cherché un coupable évident.
Il regarda Rashid.
— Ton père.
Puis Nour.
— Ou Nour.
Puis Faris.
— Ou les anciens conseillers.
Il sourit.
— Mais personne n’a pensé à celui qui n’avait officiellement aucun intérêt.
Khalid serra les poings.
— Vous avez fait disparaître Nour ?
Adel répondit :
— J’ai empêché un scandale.
Nour éclata de rire.
Un rire sans joie.
— Tu appelles ça empêcher un scandale ?
Elle montra la pièce.
— Une prison pendant trois ans ?
Maya se figea.
— Trois ans ?
Nour baissa les yeux.
— Oui.
Sa voix trembla légèrement.
— J’ai été enfermée ici après avoir découvert les documents.
Khalid regarda son père.
— Vous saviez ?
Rashid répondit :
— Oui.
Khalid recula.
— Alors vous êtes tous responsables.
Personne ne contredit.
18. LA VÉRITÉ SUR LAYLA
Maya regarda Nour.
— Ma mère.
Nour ferma les yeux.
Elle savait que cette question arriverait.
— Layla n’était pas seulement ta mère.
Maya fronça les sourcils.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Nour prit une profonde inspiration.
— Elle était celle qui devait hériter de tout.
Le silence revint.
— Le domaine.
— Les entreprises.
— Les terres.
— Les parts familiales.
Maya secoua la tête.
— Mais pourquoi ?
Nour répondit :
— Parce qu’elle était la fille aînée de la branche légitime.
Khalid comprit.
— Et mon père ?
Nour regarda Rashid.
— Ton père devait gérer les biens jusqu’à sa majorité.
Maya resta immobile.
— Donc toute cette histoire…
— Était une question d’héritage.
Mais Nour ajouta :
— Pas seulement.
Elle regarda Adel.
— Adel voulait plus.
19. LE PLAN D’ADEL
Adel ne nia rien.
— La famille était faible.
Il marcha autour de la table.
— Trop attachée aux apparences.
— Trop attachée aux traditions.
— Il fallait quelqu’un capable de prendre le contrôle.
Khalid murmura :
— Vous avez détruit notre famille pour obtenir le pouvoir.
Adel sourit.
— J’ai fait ce que les familles puissantes font depuis toujours.
Maya répondit froidement :
— Non.
Tout le monde se tourna vers elle.
— Vous avez fait ce que font les personnes qui ont peur de perdre.
Le sourire d’Adel disparut.
Maya continua :
— Vous aviez peur qu’une femme hérite.
Silence.
— Alors vous avez effacé des femmes.
Layla.
Nour.
Moi.
Cette fois, Adel ne sourit plus.
20. LA DERNIÈRE PREUVE
Faris ouvrit un dossier qu’il gardait contre lui depuis le début.