Étienne Marceau fut poursuivi pour plusieurs infractions révélées par les documents. La mort de Damien fit l’objet de nouvelles investigations, et Claire laissa volontairement la justice déterminer ce qui pouvait être établi.
Quant à la mort de Thomas, aucun élément ne permit de conclure avec certitude qu’elle avait été provoquée.
Son accident de moto resta officiellement un accident.
Cette absence de réponse fut difficile.
Mais Claire l’accepta.
Parce qu’elle avait appris quelque chose au cours de ces mois :
chercher la vérité ne signifiait pas inventer les morceaux manquants.
Un an plus tard, elle se rendit sur la tombe de Thomas.
Elle posa une petite clé ancienne sur la pierre.
La clé du coffre 317.
— Tu aurais pu écrire une lettre plus claire, murmura-t-elle.
Le vent passa entre les arbres.
— “Parle à Viktor.” Sérieusement ?
Elle sourit.
Puis entendit des pas.
Viktor s’arrêta à quelques mètres.
Il tenait des fleurs.
— Je peux ?
Claire acquiesça.
Il les posa.
— Il m’a sauvé neuf ans trop tard.
Claire répondit :
— Non.
Viktor la regarda.
— Il a caché ce qu’il pouvait. C’est nous qui avons mis neuf ans à le trouver.
Ils restèrent silencieux.
Viktor finit par demander :
— Vous vous souvenez de la cour ?
Claire le fixa.
— Difficile d’oublier un homme de deux mètres qui me soulève devant trente détenus.
— Ils parlent encore de vous.
— J’espère qu’ils se souviennent surtout que vous m’avez reposée.
Il rit.
Puis Claire ajouta :
— Vous savez ce qui est drôle ?
— Quoi ?
— Tout le monde pensait que je n’avais pas peur de vous.
— Vous aviez peur ?
Claire regarda la tombe de son frère.
— Évidemment.
— Ça ne se voyait pas.
— Ce n’était pas nécessaire que ça se voie.
Le jour où elle était entrée seule dans cette cour, Claire n’avait aucune arme secrète.
Aucun plan pour battre Viktor.
Aucune capacité extraordinaire.
Elle savait simplement une chose qu’il ignorait.
Thomas lui avait fait confiance.
Et lorsqu’elle s’était retrouvée suspendue au-dessus du sol entre les mains du détenu le plus imposant de la prison, elle n’avait pas essayé d’être plus forte que lui.
Elle lui avait demandé une seule chose :
« Maintenant… regardez-moi bien. »
Viktor avait regardé.
Et derrière l’uniforme, il avait retrouvé quelque chose qu’il croyait perdu depuis neuf ans.
Le visage d’une famille qu’il avait essayé de protéger par son silence.
Un frère mort.
Une clé oubliée.
Un coffre numéro 317.
Et la première véritable chance de comprendre ce qui s’était passé.
Ce jour-là, toute la cour avait cru assister au moment où Viktor allait humilier Claire.