Les rires s’arrêtèrent presque instantanément.

Quelques secondes auparavant, Khalid Al-Nasir désignait encore la robe rouge avec un sourire moqueur.

« Mets cette robe devant tout le monde… et si elle te va, je t’épouse. »

Une vague de rires avait traversé le salon.

Maya Rahmani était restée immobile, les mains serrées contre son tablier blanc.

Khalid avait ajouté :

« Sinon, tu retourneras nettoyer mes sols demain matin. »

Cette fois, Maya avait relevé les yeux.

Pas vers Khalid.

Vers la robe.

Plus précisément vers le bijou fixé à la hanche du mannequin.

Elle s’était approchée.

Avait retourné délicatement la broche.

Deux lettres.

M.R.

Son visage avait changé.

« Cette broche appartenait à ma mère. »

Khalid avait cessé de sourire.

« Comment s’appelait ta mère ? »

« Miriam Rahmani. »

Le silence avait englouti la salle.

Khalid était devenu livide.

Puis il avait murmuré :

« Cette robe appartenait à une femme disparue il y a vingt-deux ans. »

Au fond de la pièce, un homme aux cheveux gris avait commencé à marcher vers la sortie.

Maya l’avait remarqué.

« Lui… pourquoi est-ce qu’il part ? »

L’homme s’était figé.

Et pour la première fois de la soirée, Maya comprit que la personne la plus nerveuse de la salle n’était plus elle.

1. L’HOMME AU FOND DU SALON

Khalid leva la main.

Deux agents de sécurité fermèrent les grandes portes.

L’homme gris se retourna.

Il devait avoir environ soixante-cinq ans.

Costume sombre.

Barbe parfaitement taillée.

Visage jusque-là invisible au milieu des invités.

Khalid murmura :

« Nabil Farouk. »

Maya regarda l’homme.

« Vous le connaissez ? »

Khalid répondit :

« Il travaillait pour mon père. »

Nabil força un sourire.

« Il se fait tard. Je voulais simplement rentrer. »

Maya s’approcha avec la broche dans la main.

« Vous connaissiez Miriam Rahmani ? »

L’homme ne répondit pas.

Ses yeux tombèrent sur le bijou.

Puis il recula.

Une seconde.

Une seule.

Mais Maya vit la peur.

« Vous la connaissiez », répéta-t-elle.

Nabil murmura :

« Tout le monde connaissait Miriam. »

Khalid fronça les sourcils.

« Moi, non. »

Nabil le regarda.

« Parce qu’on a tout fait pour que tu l’oublies. »

2. KHALID AVAIT DÉJÀ VU MIRIAM

Khalid resta silencieux.

Puis son visage se transforma.

Un souvenir venait de remonter.

Une femme.

Des cheveux noirs.

Un parfum de jasmin.

Une chanson entendue dans un couloir lorsqu’il était enfant.

Khalid porta une main à son front.

« J’avais huit ans… »

Nabil ferma les yeux.

Khalid continua :

« Il y avait une femme dans l’ancienne aile nord. »

Maya sentit son cœur accélérer.

« C’était elle ? »

Nabil répondit :

« Oui. »

Khalid le fixa.

« Pourquoi m’a-t-on dit qu’elle était une infirmière temporaire ? »

« Parce que ton père ne voulait pas que tu saches qui elle était réellement. »

Maya serra la broche.

« Et qui était-elle ? »

Nabil la regarda.

Puis regarda Khalid.

« La propriétaire de cette maison. »

Un silence écrasant tomba.

Khalid éclata presque de rire.

« Cette maison appartenait à ma famille depuis trois générations. »

Nabil répondit simplement :

« C’est ce qu’on t’a raconté. »

3. LA ROBE ROUGE

La robe n’avait jamais été achetée par Khalid.

Elle avait été retrouvée trois semaines auparavant dans une pièce condamnée de l’aile nord.

Une pièce ouverte pour la première fois depuis vingt-deux ans.

À l’intérieur :

des meubles recouverts de draps,

des lettres brûlées,

des photographies,

et cette robe rouge soigneusement emballée.

Khalid l’avait trouvée spectaculaire.

Il avait décidé de la montrer pendant la réception.

Personne ne lui avait expliqué son origine.

Maya demanda :

« Qui a ouvert la pièce ? »

Un responsable du palais répondit :

« Monsieur Farouk nous a donné la clé. »

Tous les regards se tournèrent vers Nabil.

Maya comprit immédiatement.

« Vous saviez que la robe serait ici ce soir. »

Nabil ne nia pas.

4. LE BIJOU DE MIRIAM

Maya connaissait parfaitement la broche.

Quand elle avait quatre ans, sa mère la portait parfois.

Elle se souvenait de ses doigts jouant avec les petites pierres brillantes.

Puis, un matin, Miriam n’était plus là.

Sa grand-mère lui avait dit :

« Ta mère est partie. »

Pendant vingt-deux ans, Maya avait vécu avec cette phrase.

Partie.

Pas morte.

Pas disparue.

Partie.

Comme si Miriam avait choisi d’abandonner sa fille.

Maya avait grandi avec une colère qu’elle n’osait jamais nommer.

Maintenant, ce bijou se trouvait dans une maison où sa mère avait vécu.

Elle regarda Nabil.

« Pourquoi ma grand-mère m’a-t-elle menti ? »

Nabil répondit :

« Pour te garder en vie. »

5. LA DERNIÈRE NUIT

Vingt-deux ans auparavant, Miriam avait découvert plusieurs documents appartenant à la famille Al-Nasir.

Mais pas des documents financiers.

Des actes de propriété.

La demeure principale, plusieurs hectares autour du domaine et une ancienne exploitation située au nord n’appartenaient pas légalement au père de Khalid.

Ils avaient été acquis grâce à des signatures falsifiées.

Le propriétaire précédent s’appelait :

Youssef Rahmani.

Le père de Miriam.

Le grand-père de Maya.

Maya resta bouche bée.

Khalid secoua la tête.

« Impossible. »

Nabil répondit :

« J’ai préparé certains des documents. »

La phrase tomba comme une pierre.

« J’avais trente-neuf ans. J’étais avocat. Ton père m’a payé pour modifier plusieurs dossiers. »

Khalid fit un pas vers lui.

« Mon père a volé cette propriété ? »

« Oui. »

Maya sentit ses jambes trembler.

Sa famille n’avait donc jamais été pauvre par hasard.

Quelqu’un avait effacé son histoire.

6. MIRIAM AVAIT REFUSÉ DE SE TAIRE

Miriam avait découvert la fraude.

Elle avait menacé de saisir la justice.

Le père de Khalid, Hassan Al-Nasir, avait alors tenté de négocier.

Argent.

Maison.

Silence.

Miriam avait refusé.

Puis elle avait disparu.

Maya demanda :

« Il l’a tuée ? »

Nabil répondit trop vite :

« Non. »

Elle se figea.

« Comment pouvez-vous en être aussi sûr ? »