— Il est mort il y a six mois.

Varos haussa légèrement les épaules.

— Malheureux.

Méduse murmura :

— Très pratique.


Ils fouillèrent ensuite les archives personnelles de Caël.

Un carnet contenait des notes sur les mines.

Les quantités extraites étaient trois fois supérieures à ce qu’Aurelia avait autorisé.

Le surplus ne servait pas aux fortifications.

Il était transporté vers une installation secrète sous l’ancien arsenal.

Caël écrivait :

« Le sel d’ombre passe par l’apothicairerie royale.

Quelqu’un expérimente des doses.

Je ne sais pas encore sur qui.

Si je me trompe, je détruirai des réputations.

Si j’ai raison, nous avons laissé entrer le poison au cœur même du palais. »

Deux pages plus loin :

« Varos sait que j’enquête. »

Puis :

« Aurelia ne comprend pas ce qu’elle a signé.

Je dois lui parler avant que quelqu’un utilise son nom contre elle. »

Aurélia s’assit.

— Il essayait de me protéger.

Méduse répondit :

— Probablement.

Aurelia la regarda.

— Et toi, tu savais pour ma signature ?

— Caël me l’avait dit.

— Pourquoi ne m’avoir rien dit pendant ton procès ?

Méduse resta silencieuse.

— Réponds.

— Parce que si je révélais ce qu’il enquêtait, ceux qui l’avaient empoisonné sauraient exactement quelles preuves détruire.

Aurelia eut un rire amer.

— Alors toi aussi, tu as choisi ce que j’avais le droit de savoir.

Méduse se figea.

La phrase était juste.

Douloureusement juste.

— Oui.

— Pour me protéger ?

— En partie.

— Et l’autre partie ?

Méduse baissa les yeux.

— Je ne te faisais pas confiance.

Aurelia hocha lentement la tête.

— Au moins c’est clair.


Mais la découverte la plus importante arriva le soir.

Un garde trouva une petite boîte cachée dans une cheminée.

À l’intérieur :

la deuxième moitié du soleil d’or.

Et une lettre de Caël.

Adressée à Aurelia.

Elle l’ouvrit.

« Ma sœur,

si tu lis ceci après que quelque chose m’est arrivé, commence par une chose :

ne laisse personne te convaincre que Méduse est responsable simplement parce que sa magie est visible.

Les poisons politiques aiment les coupables spectaculaires.

J’ai trouvé des irrégularités dans les mines que tu as approuvées.

Ta signature a été utilisée pour couvrir des extractions que tu n’as jamais autorisées.

Je crois que Varos est impliqué.

Mais je n’ai pas encore la preuve finale.

Si je dois demander à Méduse d’utiliser le Cœur Dormant, ce sera mon choix.

Ne la condamne pas pour m’avoir obéi. »

Aurelia ne respirait plus.

Puis elle retourna la lettre.

Le sceau était brisé.

Elle pâlit.

— Quelqu’un l’avait déjà ouverte.

Le roi Armand poursuit :

— Qui ?

Aurélia reste silencieuse.

Méduse comprit.

— Toi.

La princesse ferma les yeux.

— Oui.

— Quand ?

— Deux jours après la pétrification.

Silence.

— Tu savais donc.

— Pas tout.

— Mais tu savais qu’il m’avait demandé de l’aider.

— Oui.

Méduse sentit la colère monter.

— Et tu m’as laissée neuf mois dans une cellule ?

Aurélia crée :

— J’AVAIS PEUR !

Le silence tomba.

La princesse tremblait.

— La lettre disait que ma signature avait couvert une extraction illégale.

Si je la produisais, tout le Conseil aurait demandé pourquoi j’avais signé sans vérifier.

Je venais de devenir héritière provisoire.

Varos m’a dit que Caël avait été manipulé par toi.

Que la lettre pouvait avoir été écrite sous influence.

Et…

elle avala difficilement.

— j’avais besoin de le croire.

Méduse ne répondit pas.

Aurélia poursuit :

— Si tu étais innocente, alors mon frère avait été empoisonné sous notre propre toit.

Mon père avait échoué à le protéger.

Et moi…

j’avais caché la seule lettre qui pouvait t’empêcher d’être condamnée.

Méduse murmura :

— Oui.

Aurelia baissa la tête.

— Alors j’ai enfermé la lettre.

Je me suis dit que j’attendrais.

Un jour.

Puis deux.

Puis une semaine.

Après un mois…

la montrer devenait aussi un aveu contre moi.

Méduse la regarda longtemps.

— Et chaque jour suivant a rendu le silence plus facile.

Aurelia pleurait maintenant.

— Oui.

À cet instant…

un battement gigantesque résonna depuis la salle du trône.

BOUM.

Puis un deuxième.

BOUM.

Ils coururent.

Caël se tenait toujours debout dans la pierre.

Mais une fissure avait traversé son visage.

Et derrière ses paupières fermées…

ses yeux bougeaient.

Il était en train de se réveiller.


PARTIE 3 — LE PRINCE REJOUA SON DERNIER SOUVENIR… ET TOUTE LA COUR VIT QUI L’AVAIT EMPOISONNÉ

Méduse posa à nouveau ses mains sur la poitrine de Caël.

— Si je continue, il peut revenir.

Le roi Armand poursuit :

— Quel risque ?

— Son corps a été suspendu neuf mois.

Je ne sais pas comment son cœur réagira.

— Et si vous arrêtez ?

— Il restera ainsi.

Aurélia murmura :

— Caël voudrait qu’on continue.

Méduse la regarda.

— Peut-être.

Puis elle corrigea :

— Non.

Il faut arrêter de parler à sa place.

Elle posa son front contre celui de pierre.

— Cael.

Si tu peux m’entendre…

donne-moi quelque chose.

Un battement.

Silence.

— Si tu veux que je continue…

un battement.

BOUM.

Méduse ferma les yeux.

— Très bien.

Les serpents autour de son visage s’immobilisèrent.

Une lumière verte et dorée passa de ses mains à la pierre.

Les fissures s’étendirent.

Puis le sol disparut sous leurs pieds.

Pas réellement.

Une vision.

Le Cœur Dormant conservait parfois le dernier souvenir conscient de celui qu’il protégeait.

Toute la salle fut entraînée dedans.


Caël marchait dans un couloir sombre.

Vivant.

Faible.

Il tenait un dossier.

Il entra dans l’ancien arsenal.

Varos l’attendait.

Le Chancelier semblait plus jeune de neuf mois.

Mais son visage était le même.

Caël posa les documents sur une table.

— Les chiffres ne correspondent pas.

Varos répondit :

— Beaucoup de chiffres ne correspondent jamais parfaitement.

— L’exploitation de Serpentine a produit trois fois ce qu’Aurelia a autorisé.

— Votre sœur est jeune.

Elle n’avait pas besoin de connaître chaque détail.

— Vous avez utilisé sa signature.