— Vous allez me pétrifier ?
Elle répondit :
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que vous allez avoir un procès.
Un vrai.
Rite de la ville.
— Après ce qu’ils vous ont fait, vous croyez encore à leurs tribunaux ?
Méduse regarda King Armand.
Puis Aurelia.
Puis Caël.
— Non.
Je crois qu’il faut les changer.
PARTIE 4 — CAËL REVINT À LA VIE… MAIS REFUSA LA COURONNE QUE TOUT LE MONDE VOULAIT LUI RENDRE
La guérison de Caël dura trois semaines.
Chaque jour, Méduse retirait une partie de la pierre.
Jamais plus d’une heure.
Le cœur devait réapprendre à battre seul.
Les poumons à respirer.
Les muscles à bouger.
La première fois qu’il put ouvrir les deux yeux, il regarda Méduse.
— Tu es restée.
Elle répondit :
— J’avais neuf mois de travail en retard.
— Très romantique.
— Ne recommence pas.
— Je viens de sortir de la pierre.
Laisse-moi quelques privilèges.
Elle sourit malgré elle.
Aurelia, assise dans un coin, leva les yeux au ciel.
— Je regrette presque le silence.
Caël tourna la tête.
— Toi, tu as beaucoup de choses à expliquer.
Son sourire disparut.
— Je sais.
Aurelia lui remit elle-même la lettre.
Celle qu’elle avait cachée.
— Je l’ai ouverte.
— Je vois.
— Et je ne l’ai pas donnée au tribunal.
Caël resta longtemps silencieux.
— Pourquoi ?
Elle ne chercha plus à se protéger.
— Parce que j’avais peur.
Ta lettre disait que ma signature avait été utilisée.
Et si Méduse était innocente, alors j’étais devenue héritière grâce à une accusation fausse.
Je me suis dit que j’attendrais d’être certaine.
Puis…
— Puis chaque jour rendait l’aveu plus difficile.
— Oui.
Caël regarda sa sœur.
— Je suis en colère.
— Je sais.
— Très en colère.
— Je sais.
— Et je ne vais pas te pardonner simplement parce que tu as fait la bonne chose à la fin.
Aurelia acquiesça.
— Je ne te le demande pas.
Caël se détendit légèrement.
— Bien.
Puis :
— Mais merci d’avoir suspendu ta revendication.
Aurélia pleura.
— C’était le minimum.
— Peut-être.
Mais beaucoup de gens ne font même pas le minimum lorsqu’il leur coûte quelque chose.
King Armand vint le lendemain.
Il ne portait plus sa couronne.
Il s’assit près du lit de son fils.
— Cael.
— Père.
— Je suis désolé.
Le prince resta silencieux.
— Ce n’est pas assez.
— Je sais.
— Tu as laissé Méduse être condamnée pour me tester.
— Oui.
— Tu avais des soupçons sur Varos.
— Oui.
— Tu as choisi la stabilité politique.
— Oui.
Caël fixa le plafond.
— Je pensais qu’en me réveillant, le plus difficile serait d’apprendre ce qui s’était passé pendant neuf mois.
Il tourna la tête.
— Je ne pensais pas découvrir que tout le monde avait pris une petite décision raisonnable jusqu’à fabriquer quelque chose d’horrible.
Armand baissa les yeux.
Le roi n’avait pas empoisonné son fils.
Aurelia n’avait pas falsifié les preuves.
Méduse n’avait pas provoqué le complot.
Mais chacun avait eu peur.
Et chaque peur avait créé un espace que Varos avait utilisé.
Le procès de Varos dura presque un an.
Méduse exigea une chose :
aucune magie ne serait utilisée comme preuve unique.
Pas même la vision du Cœur Dormant.
Alors les magistrats examinèrent tout.
Les comptes.
Les mines.
Les doses de sel d’ombre.
Les ordres signés.
Les rapports des médecins.
Les témoignages.
La moitié de soleil.
La lettre de Caël.
Les registres de livraison.
La vision magique fut considérée comme un élément orientant l’enquête…
pas comme le verdict.
Varos fut reconnu coupable d’empoisonnement, détournement, falsification, exploitation illégale et tentative de coup de force.
Il fut condamné à la prison à vie.
Pas exécuté.
Aurelia demanda à Méduse :
— Tu ne voulais pas le voir mourir ?
– Oui.
— Alors pourquoi soutenir la prison ?
— Parce que vouloir quelque chose n’est pas la même chose que penser qu’une loi devrait le faire.
Mais le procès révéla aussi les responsabilités des autres.
Aurelia avait signé le premier décret minier sans demander assez d’expertises.
Ce n’était pas criminel.
Mais négligent.
Elle le reconnut.
King Armand avait ignoré des alertes.
Retardé une enquête.
Puis utilisé le procès de Méduse comme test.
Il abdiqua.
— Je ne vais pas utiliser le fait que je n’étais pas le principal coupable pour prétendre que je suis encore la bonne personne pour régner.
Caël était désormais libre.
Héritier historique.
Toute la cour attendait une chose.
Qu’il prenne la Couronne.
Il refusa.
Un duc s’indigne.
— Mais vous êtes le prince légitime !
Caël répondit :
— Je suis un homme qui vient de passer neuf mois dans la pierre.
— Votre droit—
— Mon droit à être entendu n’est pas une preuve de compétence.
Silence.
Méduse sourit.
Aurelia aussi.
Le prince poursuivit :
— Je veux réapprendre à marcher sans avoir mal.
Je veux comprendre ce qui s’est passé dans les provinces pendant mon absence.
Je veux voir les villages de Serpentine affectés par les mines.
Si dans deux ans vous me demandez si je veux gouverner…
peut-être.
Aujourd’hui ?
Non.
Un Conseil de Transition fut créé.
Aurélia et participez.
Caël aussi.
Méduse refusa d’abord.
— Pourquoi ? demanda Caël.
— Parce que sauver un prince ne me transforme pas automatiquement en juriste.
— Tu pourrais apprendre.
— Voilà une idée moins stupide.
Alors elle apprit.
Droit royal.
Médecine magique.
Procédure.
Histoire des Gorgones.
Et surtout…
l’histoire de sa propre mère.
Elle découvrit que celle-ci n’avait pas seulement été une guérisseuse.
Elle avait participé à la rédaction d’un ancien code interdisant d’utiliser la pétrification comme peine sans contrôle indépendant.
Ironiquement…
ce code avait été oublié lorsque Méduse fut accusée.
Deux ans plus tard, une nouvelle Charte fut adoptée.
Elle limitait la Couronne.
Séparait les tribunaux royaux du Conseil politique.
Interdisait les procès basés uniquement sur un phénomène magique.
Réglementait les mines dangereuses.
Et créait une autorité indépendante pour les crimes impliquant la famille royale.