Ils entrèrent.
Madeleine posa un dossier sur la table.
— Le groupe doit réduire ses coûts de quarante millions d’euros sur deux ans.
Lucas resta silencieux.
Il ne comprenait pas ce que ce chiffre signifiait réellement.
Madeleine poursuit :
— Plusieurs investisseurs réclament la vente de deux filiales et une réduction importante des effectifs.
— Combien ? demanda Lucas.
Henri fixa sa fille.
Madeleine répondit :
— Environ huit cent cinquante postes pourraient disparaître.
Lucas sentit une froideur lui traverser le dos.
— Ici ?
— Pas uniquement à l’aéroport. Dans plusieurs sociétés.
Lucas pensa immédiatement à sa mère.
À Bernard.
Aux hommes et aux femmes qu’il croisait chaque soir.
— Pourquoi ?
Henri répondit :
— Parce que certaines activités rapportent moins qu’avant.
— Mais elles rapportent encore ?
— Certaines, oui.
Lucas fronça les sourcils.
— Alors pourquoi licencier ?
Madeleine croisa les bras.
— Parce que les actionnaires veulent améliorer la rentabilité.
Lucas regarda Henri.
— Et vous voulez faire quoi ?
Henri ne répondit pas immédiatement.
— J’ai proposé un plan alternatif.
— Lequel ?
— Réduire les dividendes pendant deux ans, vendre certains actifs immobiliers secondaires et ralentir plusieurs projets.
Lucas hocha la tête.
— Donc on garde les emplois.
— Une grande partie.
— Alors faites ça.
Madeleine eut un sourire triste.
— Ce n’est pas aussi simple.
— Pourquoi ?
Henri répondit :
— Parce que je ne contrôle plus seul le groupe.
Lucas découvrit alors quelque chose qu’il n’avait jamais imaginé.
Même un homme comme Henri Laurent pouvait perdre le pouvoir dans sa propre entreprise.
Après plusieurs investissements et successions familiales, une partie importante du capital appartenait désormais à des fonds.
Henri détenait encore une forte influence.
Mais pas une majorité absolue.
Le vote du lendemain serait décisif.
— Pourquoi vous voulez mon opinion ? demanda Lucas.
Henri le regarda.
— Je veux savoir ce que vous pensez qu’un dirigeant doit protéger en premier.
Lucas eut un rire nerveux.
— Vous demandez à un garçon de dix-sept ans comment diriger un groupe de plusieurs milliards ?
— Oui.
— C’est une très mauvaise idée.
— Peut-être.
Lucas réfléchit.
Puis dit :
— Je ne sais pas ce qu’un grand patron doit faire.
Henri ne bougea pas.
— Mais je sais ce qui arrive quand quelqu’un perd son travail.
Il pensa à son père.
Pas à sa mort.
À l’année avant.
Lorsque la maladie l’avait empêché de travailler.
Aux factures.
Aux lettres.
Aux conversations chuchotées dans la cuisine.
— Pour vous, huit cents emplois, c’est un nombre dans un dossier.
Il se tourna vers Madeleine.
— Je ne dis pas ça pour être méchant.
— Je sais.
Lucas continua :
— Mais pour huit cents familles, ce sont huit cents vies qui changent.
Henri baissa les yeux.
Lucas prit une inspiration.
— Peut-être qu’il y a des emplois qu’on ne peut vraiment pas sauver. Je ne sais pas.
Il regarda Henri.
— Mais si vous pouvez éviter de les supprimer juste pour que des gens déjà très riches gagnent plus cette année… alors je ne comprends pas pourquoi il faut réfléchir autant.
Personne ne parla.
Lucas ajouta :
— Désolé.
Henri sourit légèrement.
— Pourquoi vous excusez-vous ?
— Parce que j’imagine que c’est plus compliqué.
— Oui.
Henri se leva.
— Mais les choses compliquées ne deviennent pas forcément plus justes.
Le lendemain, Lucas ne devait pas assister au conseil.
Il était au lycée.
À onze heures quarante, son téléphone vibra en cours.
Un message de Madeleine.
Le vote commence.
Lucas rangea le téléphone.
Il essaya de suivre le cours.
Impossible.
À treize heures dix, aucun message.
À quatorze heures.
Rien.
À quinze heures quinze, son téléphone vibra encore.
Égalité. Le vote de Bernard Delcourt décidera.
Lucas konnte nicht aufhören, Bernard Delcourt zu verlassen.
Ich hatte den ersten Auftritt mit Henri.
Ein Mann von einer soixantaine d’années.
Vertreter eines Investmentfonds.
In wenigen Stunden kommt Lucas am Flughafen an.
Die Atmosphäre scheint normal zu sein.
C’était presque absurde.
Von den Gens-Teilnehmern im Urlaub.
Des cafés étaient servis.
Des enfants couraient.
Und was auch immer, einige Mitarbeiter waren bereits im Zuge ihrer Entscheidung tätig.
Monsieur Bernard l’attendait.
— Tu as entendu ?
Lucas hocha la tête.
— Rien encore.
Ich arbeite in Stille.
Vor drei Monaten erschien Madeleine.
Seule.
Lucas lacha presque sa serpillière.
— Alors?
Madeleine regarda Bernard.
Puis Lucas.
— Le plan d’Henri a été rejeté.
Lucas sagte, es sei ihm gelungen.
— Donc les licenciements ?
— Pas encore.
— Mais vous venez de dire—
— Ich verwende eine Klausel, die es mir erlaubt, vor dem Antrag eine einstündige Quarantäne zu verlangen.
Lucas fronça les sourcils.
— Warum?
Madeleine grüßt die Glastüren.
— Parce qu’il veut racheter un partie des actions du fonds de Delcourt.
Lucas resta bouche bée.
— Avec quoi ?
— Son argent personnel.
Bernard Murmura:
— Combien ?
Madeleine répondit :
— Einer, den ich bevorzuge, ist nicht hier.
— Il peut faire ça ?
— Oui.
— Et ensuite ?
— Es reicht aus, die Stimmrechte zu erlangen, und der Plan des Adoptanten ist fair.
Lucas hatte ein schlechtes Gefühl.
— Wieso vous avez l’air inquiète?
Madeleine schaute Lucas an.
— Wenn Sie diese Woche wiederkommen möchten, müssen Sie nur unser verfügbares aktives Personal verkaufen.
— Ses maisons ?
— Une partie.
— Ses Aktionen?
— Beaucoup.
— Et vous êtes contre ?
– Je ne suis pas contre sauver des emplois.
Sa voix devint plus dure.
– Ich bin überzeugt davon, dass mein Vater, als ich ihn annahm, mir das ganze Glück eines Personals in einem Unternehmen schenkte, das mir das Geld zum Verhängnis werden ließ.
Lucas resta silencieux.
Madeleine continua :
– Und je suis contre une autre selected.
— Quoi?
– Ich bin bereit, den ganzen Weg zu gehen.
Lucas pâlit.
— Ich?
— Nach dieser Soirée, dem Gespräch, ohne dass es dazu gekommen wäre.
Elle inspira.