Et son expression fit immédiatement disparaître le sourire d’Élise.
— Monsieur Morel.
— Oui ?
Le commandant regarda la jeune serveuse.
— Mademoiselle Martin, nous devons également vous parler.
Élise se raidit.
— À moi ?
— Oui.
Il posa une photographie sur le comptoir.
Élise la regarda.
Son visage devint blanc.
Morel le remarqua.
— Vous connaissez cet homme ? demanda le commandant.
Élise ne répondit pas tout de suite.
Puis elle murmura :
— Il est venu ici il y a trois semaines.
Le commandant échangea un regard avec Morel.
— Pourquoi ?
Élise fixa la photographie.
— Il voulait une enveloppe.
À cet instant, Morel comprit que l’humiliation d’Oslo n’avait probablement jamais été la véritable raison de la présence de Luc Vautrin au Café Breen.
Et que la partie la plus dangereuse de l’histoire ne faisait peut-être que commencer.
PARTIE 3 — CE QU’ILS ÉTAIENT VENUS CHERCHER
Le café resta fermé pendant près de deux heures.
Les volets ne furent pas baissés, mais un gendarme demeura devant la porte.
Deux autres inspectaient les motos.
Des hommes en civil photographiaient les selles, les plaques d’immatriculation et les sacoches.
À l’intérieur, Élise était assise sur un tabouret.
Devant elle, un verre d’eau qu’elle n’avait pas touché.
Morel séchait doucement Oslo avec plusieurs torchons propres apportés depuis la cuisine.
Le commandant s’appelait Julien Ferraud.
Il posa la photographie devant Élise.
— Reprenez depuis le début.
Elle inspira.
— C’était un mardi. Vers seize heures.
— Cet homme est arrivé seul ?
— Oui.
— Vous l’aviez déjà vu ?
— Non.
— Il vous a demandé quoi ?
Élise hésita.
— Un café.
Ferraud attendit.
— Et ?
— Une enveloppe.
— Quelle enveloppe ?
Élise regarda vers le fond de la salle.
— Il m’a dit que mon patron était au courant.
— Votre patron ?
— Monsieur Breen. Le propriétaire.
— Où est-il ?
— Chez sa sœur à Lyon cette semaine.
Ferraud nota quelque chose.
— Continuez.
— L’homme m’a dit qu’une enveloppe avait été cachée sous une étagère derrière la caisse. J’ai regardé… et elle était vraiment là.
— Vous l’avez ouverte ?
— Non.
— Vous la lui avez donnée ?
Élise hocha la tête.
— Oui.
Ferraud posa une seconde photographie.
Luc Vautrin.
— Quand avez-vous vu cet homme pour la première fois ?
— Il y a environ dix jours.
Morel interrompit doucement le séchage d’Oslo.
— Il vous a parlé ?
Élise regarda le commandant.
Ferraud fit un signe autorisant la réponse.
— Il a commandé un café.
— Seulement ?
— Au début.
Elle passa une main sur son front.
— Ensuite il m’a demandé si des gens laissaient parfois des affaires ici.
— Quelles affaires ?
— Il n’a pas précisé.
— Et vous ?
— Je lui ai dit que les clients oubliaient parfois un téléphone, une veste…
Élise s’arrêta.
— Il vous a demandé quelque chose à propos d’une enveloppe ? demanda Ferraud.
— Pas directement.
Elle releva les yeux.
— Il m’a demandé s’il existait des cachettes derrière le comptoir.
Le silence retomba.
Morel posa le dernier torchon sur une chaise.
— Pourquoi vous ne l’avez pas signalé ?
Élise eut presque l’air honteuse.
— Parce que ça m’a paru bizarre, pas criminel.
Ferraud répondit calmement :
— Vous n’aviez aucun moyen de le savoir.
— Il souriait.
— Qui ?
— Vautrin.
Élise serra ses mains.
— Il souriait tout le temps. Mais ce n’était jamais sympathique.
Morel comprenait parfaitement.
La menace n’avait pas besoin d’être prononcée.
— Après ça ? demanda Ferraud.
— Il est revenu deux fois.
— Seul ?
— Une fois avec un autre homme.
— Et aujourd’hui ?
Élise regarda les traces d’eau encore visibles sur le carrelage.
— Ils étaient huit.
Ferraud s’éloigna avec un autre enquêteur.
Morel resta près d’Élise.
Elle regarda Oslo.
— Ils étaient venus pour moi ?
— Probablement pas pour vous personnellement.
— Ça ne me rassure pas beaucoup.
— Je sais.
Elle leva les yeux vers lui.
— Vous saviez qu’ils étaient dangereux dès qu’ils sont entrés ?
— J’avais un doute.
— Et vous êtes resté ?
Morel réfléchit.
— Je finissais mon café.
Élise le fixa.
Il haussa légèrement les épaules.
— Il était bon.
Elle éclata de rire malgré elle.
Puis le rire mourut presque immédiatement.
— Vous avez eu peur ?
La question surprit Morel.
— Oui.
Élise fronça les sourcils.
— Vous n’en aviez pas l’air.
— Ce sont deux choses différentes.
— Vous voulez dire qu’on peut avoir peur et rester calme ?
— Heureusement.
Il regarda Oslo.
— Sinon lui et moi serions morts depuis longtemps.
Élise observa le chien.
— Lui aussi avait peur ?
— Bien sûr.
— Mais il n’a pas bougé.
Morel caressa l’arrière de son cou.
— Il avait reçu un ordre.
Élise resta silencieuse quelques secondes.
Puis elle demanda :
— C’est ça, le courage ?
Morel réfléchit.
— Le courage, c’est souvent faire ce qu’il faut pendant que votre corps vous supplie de faire autre chose.
Ferraud revint.
— Nous allons fouiller le café.
Élise acquiesça.
La recherche commença.
Sous les tables.
Dans la réserve.
Derrière le comptoir.
Dans le local électrique.
Sous la machine à café.
Les gendarmes retirèrent plusieurs panneaux.
Rien.
Après quarante minutes, Ferraud commençait à perdre espoir.
— L’enveloppe donnée il y a trois semaines contenait probablement une copie, dit-il à Morel.
— Copie de quoi ?
— Nous ne le savons pas encore.
— Et Vautrin croyait qu’il restait quelque chose ici.
— Oui.
Morel regarda le café.
Puis Oslo.
Le malinois n’était plus sous la table.
Il avançait lentement près des grandes fenêtres.
Son nez suivait la partie basse du mur.
Morel se redressa.
— Oslo.
Le chien continua.
Renifla.
S’arrêta.
Puis s’assit.
Morel resta figé une seconde.
Il connaissait ce comportement.
— Commandant.
Ferraud se retourna.
Morel désigna Oslo.
— Vérifiez derrière cette plinthe.
Un gendarme s’agenouilla.
La baguette de laiton semblait normale.