Mais une extrémité bougea légèrement sous la pression.
Il la retira.
Derrière se trouvait un petit espace.
Et dans cet espace, une pochette plastique étanche.
Élise porta une main à sa bouche.
Ferraud enfila des gants.
La pochette contenait une clé USB.
Un carnet.
Plusieurs photographies.
Des numéros d’immatriculation.
Des adresses.
Des dates.
Des montants.
Et une liste de noms.
Ferraud parcourut rapidement quelques pages.
Son expression changea.
— Mon Dieu.
Morel ne demanda pas ce qu’il avait vu.
Il n’en avait pas besoin.
— C’est important ?
Ferraud releva les yeux.
— Si c’est authentique, oui.
— À quel point ?
— Suffisamment pour expliquer pourquoi huit hommes sont venus terroriser un café.
L’enquête accéléra dans les heures qui suivirent.
Le contenu de la clé USB reliait le groupe de Vautrin à plusieurs vols de véhicules haut de gamme.
Mais ce n’était pas tout.
Il y avait des paiements.
Des garages.
Des sociétés de transport.
Des propriétaires de bars.
Des entrepreneurs.
Certaines sommes apparaissaient chaque mois.
Protection.
Silence.
Obéissance.
Plusieurs victimes avaient déposé plainte.
Puis retiré leur plainte.
D’autres n’avaient jamais parlé.
Le carnet indiquait également trois entrepôts.
Une casse automobile.
Deux appartements.
Et surtout le nom d’un homme déjà interrogé par les gendarmes.
Un ancien membre du réseau.
C’était lui qui avait caché la pochette au Café Breen.
Il savait probablement qu’il était surveillé.
Il avait choisi un lieu banal.
Un café de province.
Un endroit où personne ne chercherait.
Sauf Vautrin.
Cette nuit-là, plusieurs opérations eurent lieu.
Un entrepôt fut perquisitionné près de Salon-de-Provence.
Douze véhicules volés furent retrouvés.
Des pièces détachées furent saisies dans un second local.
Deux hommes furent interpellés.
Un troisième se rendit le lendemain matin.
Puis quelque chose d’encore plus important se produisit.
Les gens commencèrent à parler.
Un garagiste appela la gendarmerie.
Il expliqua qu’il versait cinq cents euros par mois depuis presque un an.
Un restaurateur raconta comment deux hommes avaient détruit sa terrasse après son refus.
Un chauffeur de poids lourd donna les plaques de deux véhicules utilisés pour transporter des pièces volées.
Une femme dont le mari avait été agressé six mois auparavant accepta enfin de témoigner.
Pendant des mois, chacun avait cru être seul.
La peur avait fonctionné parce qu’elle isolait.
L’arrestation de Vautrin brisa cette illusion.
Antoine Morel n’assista à aucune de ces opérations.
Le soir même, il ramena Oslo chez lui.
Une petite maison à vingt minutes de la ville.
Quelques pins.
Une terrasse en bois.
Un vieux portail métallique.
Rien de spectaculaire.
Il nettoya le harnais.
Sécha correctement le chien.
Puis il s’assit sur les marches de la terrasse avec une tasse de café.
Oslo s’allongea à côté de lui.
Morel regarda les arbres.
Son téléphone vibra.
Un message du colonel Delmas.
« Beau travail. »
Morel répondit :
« Je prenais juste un café. »
Quelques secondes plus tard :
« Bien sûr. »
Morel sourit.
Oslo posa son museau sur sa chaussure.
— Ne commence pas.
Le chien ferma les yeux.
— C’est toi qui as trouvé la clé USB. Moi, je vais encore devoir expliquer aux gens que tu es insupportable.
La queue d’Oslo frappa une fois le bois.
Morel regarda le ciel devenir sombre.
Puis murmura :
— Tu sais ce qui m’a vraiment énervé ?
Une oreille du malinois se releva.
— Ce n’était même pas l’eau.
Il attendit.
— C’était son rire.
Oslo soupira.
Morel sourit.
— Oui. Moi aussi.
Il croyait l’histoire terminée.
Le lendemain matin, à sept heures quarante, quelqu’un sonna à sa porte.
Morel ouvrit.
Élise se tenait devant lui.
Elle portait un jean, un pull léger et tenait un sac en papier.
Dans l’autre main, un grand bol en inox.
Morel regarda le bol.
Puis elle.
— Je dois m’inquiéter ?
— C’est pour Oslo.
Le chien apparut derrière lui.
Élise s’accroupit.
— Bonjour, héros.
Morel soupira.
— Ne l’appelez pas comme ça.
— Pourquoi ?
— Il va devenir impossible.
Oslo renifla le sac en papier.
— Qu’est-ce qu’il y a dedans ? demanda Morel.
— Deux croissants.
— Pour lui ?
— Un pour lui.
— Certainement pas.
Élise sourit.
— Donc vous devrez le manger.
— C’est une manipulation.
— Oui.
Elle posa le bol.
Morel remarqua une gravure simple sur le côté.
OSLO.
Il resta silencieux.
— Merci, dit-il enfin.
— Ce n’est pas seulement pour ça que je suis venue.
— Je m’en doutais.
Elle inspira.
— Le café rouvre demain matin.
— Bonne nouvelle.
— Mon patron veut montrer qu’on ne se laisse pas intimider.
— Encore mieux.
Élise hésita.
— Mais plusieurs employés ont peur.
Morel comprit avant qu’elle pose la question.
— Vous voulez que je vienne.
— Oui.
— En uniforme ?
— Comme vous voulez.
— Avec Oslo ?
Elle regarda le chien.
— Surtout avec Oslo.
Morel observa Élise.
La peur était toujours là.
Mais elle avait parcouru vingt kilomètres pour venir lui demander de l’aide.
Elle avait décidé de retourner travailler.
Cela comptait.
— À quelle heure ?
— Six heures.
Morel ferma les yeux.
— Six heures du matin ?
— C’est un café.
— C’est inhumain.
Élise rit.
— Vous viendrez ?
Morel regarda Oslo.
Le chien remuait la queue devant son nouveau bol.
— Manifestement, je suis minoritaire.
PARTIE 4 — LA TABLE PRÈS DE LA FENÊTRE
À cinq heures cinquante-sept le lendemain, Antoine Morel tourna dans la rue du Café Breen.
Il s’attendait à trouver quelques véhicules.
Il dut ralentir.
La rue était presque pleine.
Voitures.
Fourgonnettes.
Deux motos de gendarmes stationnées discrètement plus loin.
Un camion de pompiers.
Des scooters.
Des véhicules d’artisans.
Même le boulanger d’en face avait ouvert plus tôt.
Morel regarda Oslo.
— Je n’aime pas ça.
Le chien regardait déjà la porte du café.
— Traître.
Ils entrèrent.
Le carillon tinta.
Les conversations s’arrêtèrent.
Morel s’immobilisa.
Une seconde plus tard, quelqu’un applaudit.
Puis deux personnes.
Puis toute la salle.
Morel ferma les yeux.
— Non.
Les applaudissements continuèrent.
Élise était derrière le comptoir.