Puis :
— Cela ne signifie pas que toutes les questions financières entre époux sont déjà réglées.
— Contributions au mariage, crédit, comptes, créances éventuelles, prestation compensatoire lors d’un divorce : chaque sujet devra être examiné séparément.
Encore une fois :
pas de baguette magique.
— Mais il ne peut pas vendre mes 68 %.
— Non.
— Ni me mettre dehors dimanche ?
— Pas sur simple ordre verbal.
Je ai regardé mon père.
Il mimait derrière moi :
Je te l’avais dit.
Je lui lançai un coussin.
Beaumont entendit.
— Tout va bien ?
— Mon père fait du théâtre gestuel.
— Très bien.
Puis il redevint sérieux.
— Madame Morel, je vous conseille de déposer rapidement une plainte ou, à tout le moins, de signaler officiellement le document dont vous contestez la signature après échange avec votre avocate.
— Je vais le faire.
Le lendemain, Élodie m’accompagna dans la préparation du dossier.
Je fournissais :
mon planning EHPAD.
Mes relevés d’accès.
Mes véritables adresses email.
Un exemple de ma signature.
Le message de Beaumont.
La copie du compromis.
Je ne déclarais pas :
Mon mari est coupable.
Je déclarais :
Je conteste avoir signé.
La police enquêterait.
Je commençais à comprendre la différence entre conviction personnelle et preuve utilisable.
Avant de partir du cabinet, Élodie demanda :
— Maintenant, le ticket.
Je sortis la pochette.
Elle le regarda de loin.
— Je préfère ne pas le manipuler.
Je presque ris.
— C’est rassurant.
— Je veux surtout savoir comment vous l’avez payé.
— En espèces.
— Avec quoi ?
Je réfléchis.
— J’avais retiré cinquante euros de mon compte personnel samedi.
— Il restait environ vingt euros dans mon portefeuille.
Puis :
— Café plus ticket.
Élodie nota.
— Votre régime est séparation de biens.
— Le ticket était en votre possession.
— Les fonds semblent provenir de votre compte personnel.
Elle leva une main.
— Je ne vous promets pas encore qu’aucune question ne se posera.
— Un gain d’une telle ampleur peut avoir des effets sur l’économie d’un divorce, notamment lorsqu’on parle de disparité de conditions de vie et d’éventuelles demandes financières.
Puis :
— Mais votre mari n’a pas automatiquement droit à la moitié sous prétexte que vous étiez mariés mardi.
J’ai regardé le morceau de papier.
Deux euros cinquante.
Jamais un objet aussi léger ne m’avait semblé contenir autant de problèmes.
PARTIE 4 — CONSTANCE N’ÉTAIT PAS CELLE QUE J’IMAGINAIS
Je pensais que Constance était une opportuniste.
Une femme qui avait regardé ma maison et calculé où mettre son canapé.
Je n’étais pas complètement juste.
Trois jours après mon départ, elle m’envoya un message.
Bonjour Nathalie. Je sais que vous n’avez aucune raison de me répondre. J’ai besoin de vous parler parce que j’ai découvert quelque chose concernant la maison.
Je montrai le message à Élodie.
— Vous voulez répondre ?
— Je ne sais pas.
— Alors ne répondez pas immédiatement.
Le lendemain, Constance envoya un email plus long.
Pas d’insulte.
Pas de défense de Ludovic.
Elle écrivait :
Ludovic m’a dit que vous étiez séparés depuis six mois.
Faux.
Il m’a dit que vous occupiez encore la maison jusqu’à la vente parce que vous refusiez de prendre un appartement.
Faux.
Il m’a dit que la maison était à lui à environ 90 %, parce qu’il avait remboursé la majorité du crédit.
Faux.
Ou, au minimum, très trompeur.
Nos quotes-parts de propriété ne changeaient pas ainsi.
Il m’a montré un compromis portant votre signature. J’ai cru que vous aviez accepté.
Je relus.
Constance travaillait comme responsable commerciale dans une entreprise de décoration intérieure à Orléans. Elle n’était pas agent immobilier.
Elle avait rencontré Ludovic lors d’un salon huit mois auparavant.
Il lui avait raconté qu’il était marié « seulement sur le papier ».
Classique.
Elle avait demandé plusieurs fois pourquoi nous habitions encore ensemble.
Il disait :
— Nathalie refuse de lâcher.
Puis :
— Elle veut me faire payer la séparation.
Je étais devenue l’épouse rancunière de sa nouvelle histoire.
Constance avait effectivement participé à la recherche d’un appartement à Orléans.
Elle avait même versé 8 000 euros de ses économies pour réserver certains travaux d’aménagement sur un bien qu’ils pensaient acquérir après la vente de Vierzon.
Je ne ressentis aucune joie.
Ludovic n’avait pas seulement essayé de m’écarter.
Il avait aussi mis l’argent de cette femme dans son calendrier mensonger.
Nous avons accepté une rencontre dans le cabinet d’Élodie.
Constance arriva sans manteau beige.
Cheveux attachés.
Aucune arrogance.
Seulement une femme très en colère.
— Je suis désolée d’être entrée chez vous.
Je restai silencieuse.
— Je croyais que vous saviez qui j’étais.
— C’est pire, dit-elle.
— Comment ça ?
— Je pensais que votre mariage était terminé depuis des mois.
Elle eut un rire amer.
— J’ai cru que la gêne venait seulement du fait que nous nous rencontrions enfin.
Je la regardai.
— Et la phrase « la maison est quasiment à lui » ?
Elle rougit.
— C’est ce qu’il me répétait.
— Il disait qu’il avait « racheté presque toute votre part au fil du crédit ».
Élodie intervint :
— Ce n’est pas ainsi que l’acte fonctionne automatiquement.
Constance hocha la tête.
— Je le sais maintenant.
Elle sortit son téléphone.
— J’ai des messages.
Élodie l’arrêta.
— Si vous souhaitez transmettre des éléments dans le cadre de l’enquête, il vaut mieux le faire proprement, avec vos propres conseils si nécessaire.
Constance acquiesça.
Puis elle me regarda.
— Mais il y a une chose que vous devez savoir.
Je attendis.
— Ludovic parlait de vendre la maison depuis janvier.
Nous étions en mai.
— Janvier ?
— Oui.
— Il disait quoi ?
— Que vous accepteriez forcément.
Puis elle ajouta :
— En mars, je lui ai demandé si vous aviez signé.
— Il m’a répondu : « Pas encore, mais Nathalie ne lit jamais les papiers, je gère tout. »
La honte monta.
Pas parce que c’était vrai.