Je me suis assise sur le lit.

Soixante-treize millions existaient sur des comptes sécurisés à mon nom.

Et je pleurais pour une trace de cadre sur un mur.

C’est là que j’ai compris une chose que l’argent ne m’épargnerait pas.

Il pouvait m’éviter de rester dans une situation par nécessité économique.

Il ne pouvait pas réduire les six années vécues à zéro.

Je avais aimé Ludovic.

Vraiment.

Même si je comprenais maintenant qu’il m’avait menti.

La trahison n’efface pas rétroactivement toutes les soirées où nous avions ri.

Elle les rend plus difficiles à classer.

PARTIE 8 — CE QUE CONSTANCE AVAIT PAYÉ

Constance me contacta encore une fois.

Cette fois, c’était son avocate qui écrivit à Élodie.

Elle cherchait à récupérer les 8 000 euros versés pour le projet d’Orléans.

Une partie avait été payée à des prestataires.

Une autre à Ludovic.

Je n’étais pas concernée juridiquement par leur relation.

Mais elle détenait des messages utiles au dossier du compromis.

Avec les précautions nécessaires, plusieurs furent transmis aux enquêteurs.

Un échange datait du soir même où j’avais acheté mon ticket.

Constance :

Elle a signé définitivement ?

Ludovic :

Oui. C’est réglé.

Constance :

Tu es sûr qu’elle ne peut plus revenir dessus ?

Ludovic :

Nathalie ne comprend rien à l’immobilier. Elle signe ce que je lui dis de signer.

Je lus cette phrase plusieurs fois.

La colère ne vint même pas.

Seulement une fatigue profonde.

Dans un autre échange, Constance demandait :

Pourquoi le notaire veut lui parler directement ?

Ludovic répondait :

Procédure. Je vais gérer.

Puis :

Si ça bloque, on trouvera un autre notaire.

Erreur fondamentale.

Comme si le rôle d’un notaire consistait à être remplacé jusqu’à ce qu’on en trouve un qui ne pose pas de question.

Maître Beaumont avait précisément arrêté le processus en demandant un contact direct.

L’agence avait elle aussi fini par produire ses échanges.

Un jeune négociateur avait commis des erreurs de prudence.

Il avait trop fait confiance à Ludovic.

Mais dès que le notaire avait signalé une incohérence, l’agence avait suspendu.

L’entreprise transmit les logs de sa messagerie.

Les documents.

Les heures.

Une caméra du hall montrait Ludovic venir seul lors d’un rendez-vous où, selon le dossier interne, les vendeurs devaient initialement être deux.

Pas de vidéo d’une fausse signature réalisée.

Pas de caméra providentielle filmant le crime parfait.

Seulement des éléments.

L’adresse email factice fut examinée.

Les données disponibles reliaient sa création et certains accès à des équipements utilisés par Ludovic.

Ce n’était pas à moi de conclure.

Mais le tableau se resserrait.

Un soir, Constance m’appela avec l’accord de nos conseils pour une question purement personnelle.

— Je peux vous demander quelque chose ?

— Oui.

— Depuis quand vous saviez pour moi ?

— Le matin où vous êtes entrée dans mon salon.

Long silence.

— Il disait que vous saviez depuis des mois.

Je presque ris.

— Non.

Elle pleura.

— Je me sens idiote.

— Vous n’êtes pas la seule.

Puis je ajoutai :

— Mais vous avez tout de même accepté d’entrer dans une maison où l’épouse était encore là.

Silence.

— Oui.

— C’était cruel.

— Oui.

Je appréciai qu’elle ne se défende pas.

— Je suis désolée.

— Merci.

Cela ne faisait pas de nous des amies.

Je ne le souhaitais pas.

Elle avait participé à mon humiliation.

Même trompée sur le contexte, elle avait choisi une certaine brutalité.

Mais elle n’était plus le monstre pratique que j’avais voulu fabriquer le premier matin.

Et moi, je commençais à comprendre qu’une histoire devient souvent plus vraie lorsqu’on accepte que plusieurs personnes puissent être coupables de choses différentes.