Silence.

La thérapeute le regarda.

Julien baissa les yeux.

— Oui.

Je ne m’attendais pas à ce qu’il reconnaisse si vite.

— Quand tu as parlé des gens qui “choisissent la rue”, j’ai été dégoûté.

— Et tu as décidé de me corriger.

— Oui.

— En utilisant Luc.

Julien ferma les yeux.

— Oui.

Cette conversation fut importante.

Parce que je ne voulais pas que notre histoire devienne celle d’un mari moralement supérieur qui apprend l’humanité à sa femme riche et superficielle.

J’avais besoin de changer.

Lui aussi.

Après cela, Julien modifia sa manière de travailler avec l’association.

Moins de « je vais résoudre ».

Plus de :

— De quoi avez-vous besoin ?

Il finança un poste administratif permettant d’aider les personnes à récupérer leurs documents.

Mais il ne choisissait pas les bénéficiaires.

Il soutint un programme de logement d’abord.

Mais ne mettait plus les pieds dans chaque appartement pour « vérifier ».

Il disait parfois :

— J’ai passé la moitié de ma carrière à croire que donner de l’argent me donnait aussi le droit de concevoir la solution.

Je comprenais.

Nous nous ressemblions davantage que je ne l’avais cru.

Moi aussi, j’avais utilisé le confort matériel pour rester éloignée de certaines réalités.

Lui utilisait l’action pour éviter de tolérer l’impuissance.

Étienne nous enseigna quelque chose aux deux.

Parfois, on ne répare pas.

On accompagne.

Il ne retrouva jamais toute sa mémoire.

Certains jours, cela rendait Julien fou.

— Il existe forcément un traitement.

Le neurologue répétait :

— On travaille avec ce qui est là.

Pas avec la version idéale du cerveau que vous voudriez restaurer.

Une autre leçon.