Elle retira sa main.

La lumière resta quelques secondes.

Puis s’éteignit.

Théa apparut derrière une colonne.

— Tu parles toujours aux statues ?

— Elles donnent parfois de meilleurs conseils que le Conseil.

— Ce n’est pas difficile.

Elles rirent.

Puis Théa regarda le trône.

— Tu regrettes parfois ?

— Quoi ?

— D’avoir touché l’accoudoir ce jour-là.

Alina réfléchit.

Si elle ne l’avait pas fait, elle serait peut-être encore servante.

Elowen aurait peut-être disparu en prison.

Damian aurait peut-être installé Théa sur un trône qu’elle ne voulait plus.

Severin aurait peut-être continué à gouverner.

Mais Alina pensa aussi à Marta.

À la petite maison.

Aux années simples avant que tout bascule.

— Certains jours.

Théa acquiesça.

— Moi aussi.

Alina la regarda.

— Pourtant tu ne l’as même pas touché.

— Non.

Théa sourit.

— Mais ton doigt a détruit toute ma vie.

Alina éclata de rire.

— Désolée.

— Tu n’as pas l’air désolée.

— Pas du tout.

Elles descendirent les marches ensemble.

Derrière elles, le trône resta vide.

Et pendant quelques secondes, Alina trouva cela magnifique.

Parce qu’un trône vide n’était pas nécessairement un royaume sans pouvoir.

Parfois…

c’était simplement le rappel que le pouvoir n’appartenait pas naturellement à la personne assise dessus.

Il fallait le recevoir.

L’accepter.

Le limiter.

Et surtout…

savoir qu’un jour, il faudrait le rendre.

Alina avait commencé cette histoire comme une servante à qui une princesse avait dit :

« Ce trône ne sera jamais pour quelqu’un comme toi. »

Des années plus tard, elle comprenait enfin pourquoi cette phrase avait toujours été fausse.

Pas parce que le trône était secrètement destiné à Alina.

Mais parce qu’aucun trône ne devrait appartenir à une catégorie de personnes simplement à cause de leur naissance.

Même lorsqu’elle-même bénéficiait de cette naissance.

Les lions avaient reconnu son sang.

Le royaume avait reconnu son nom.

Mais la femme qu’elle était devenue…

celle-là, aucune statue ne l’avait créée.